REQUETE \U PARLEMENT
Paris, parce qu'il se dira lui aussi victime des sectaires , pour n'avoir voulu « ni embrasser leur parti, ni prendre la plume contre les jésuites ^ »
Le neveu de Charles Coffin n'avait pas de ces scrupules plus ou moins sincères. Conseiller au Châtelet, il céda sans peine aux instances de ceux qui le pressaient de réhabiliter pleinement la mémoire de son oncle, en prenant à la fois sa revanche sur l'archevêque de Paris et sur les religieux qu'on disait être les confidents, sinon les instruments du prélat ^.
Le croira-t-on? Madame de Pompadour elle-même se fit janséniste pour la circonstance. Elle servit, avec toute la violence de sa passion et de ses ressentiments, d'abord la magistrature contre le clergé, ensuite la philosophie contre les Jésuites. « Depuis la querelle des billets de confession jusqu'à la destruction de la Société de Jésus, écrivait le comte de Camé, elle fut l'alliée dont on parla le moins et sur lequel on compta le plus^. »
Quoi qu'il en soit de cette femme indigne, devant laquelle Christophe de Beaumont saura si bien se redresser dans toute sa fierté de gentilhomme et d'évêque, le conseiller Coffin présente au Parlement, dès le 31 juillet, sa requête en forme de plainte sur la conduite du curé de Saint-Etienne à l'égard de feu le principal de Beauvais. Il n'avait pas négligé de faire préalablement imprimer et distribuer dans Paris une double consulta-
1 LeUre à ChrUtoplie de Beaumont, au sujet de la condam nation d'Emile^ p. 13.
' Il faut la partialité de LacretelU, quand il parle des Jésuites, pour affirmer, sans l'ombre d^une preuve, que « tout arriva comme ces religieux l'avaient, prévu, ou plutôt comme ils Tavaient ordonné. » {Hist. de France pendant le dix-huitième siècle, t. III, p. 191.)
» La Monarchie française au dix-huitième siècle, p. 382.
ARRET DU CONSEIL d'ÉTAT. 169
tion, signée par plus de quarante avocats, l'engageant à se pourvoir pa7^ les voies d^ appel comme d'abus. Les gens du roi sont aussitôt mis en demeure de fournir leurs conclusions dans la huitaine, mais Louis XV, que ce bruit importune, les mande à sa résidence de Compiègne, et leur fait remettre, par écrit, l'ordre de suspendre toutes poursuites.
En outre, Mgr de Beaumont ayant cru devoir, dans l'intérêt de la vérité historique, protester ouvertement contre le Mémoire du neveu de Goffin, le conseil d'État rendit un arrêt de suppression dont les considérants sont à citer :
Le Roy ayant été informé de l'affectation avec laquelle on a répandu, en moins de huit jours, jusqu'à quatre consultations imprimées sans nom d'imprimeur, qui paraissent souscrites, l'une par vingt-huit, l'autre par treize, la troisième par neuf, et la dernière par quatre avocats au Parlement de Paris, comme si l'on avoit voulu imposer au public par le nombre des signatures, sur une matière aussi importante que celle qu'on a entrepris d'y traiter. Sa Majesté auroit jugé à propos de s'en faire rendre compte en son Conseil, et Elle auroit reconnu que le fond de ces consultations ne pouvoit être attribué qu'à des esprits inquiets et ennemis de la paix, qui ont cherché, par des raisonnements captieux et téméraires, à surprendre la religion des avocats qui ont eu la facilité de les signer, au lieu de donner à ceux qui les consultoient le sage conseil d'attendre, comme enfans de l'Église, les règles qu'elle croiroit - devoir faire observer par ses ministres dans l'administration des sacrements, et, comme sujets du Roy, les précautions que sa sagesse lui inspireroit pour prévenir toute occasion de scandale. Sa Majesté voulant empêcher le mauvais effet que des écrits de cette nature pourroient faire sur des esprits prévenus ou peu éclairés. Elle auroit résolu d'en arrêter promptement le cours, et de continuer par là de donner des preuves de son attention à maintenir le respect qui est dû aux supérieurs ecclésiastiques, et à éloigner tout ce qui