PROPOSITIONS INSIDIEUSES
de la cour, le comte de Saint-Florentin, qui lui apportait d'insidieuses propositions : « C'est vous-même, mon cousin, qui m'avez signifié les ordres réitérés de Sa Majesté pour me faire accepter le siège de Paris ; si je le quittais, je demanderais à être vicaire d'Arcueil K »
D'autre part, comme il n'en coûte rien à la passion pour se contredire, les mêmes calomniateurs qti avaient prétendu que la supérieure de l'hôpital ne cessait d'intriguer dans l'affaire du cardinalat, s'oubliaient à mettre sur les lèvres de cette femme une prédiction de ce goût et de ce style :
La Sibylle Moisan, Beaumont, te le prédit : Avec ton schismatique et dangereux manège , Quoique le théatin-évêque te protège De toute sa cabale et de tout son crédit, Tu n'entreras jamais dans le Sacré Collège. Politique mauvais, tu mènes troj) de bruit. Tu ferais beaucoup mieux si tu pouvais te taire, Laissant doucement l'eau couler à l'ordinaire ^.
C'est bien cela. On eût tout pardonné à Beaumont, s'il avait pu consentir à se taire et à laisser couler l'eau ^. Mais il parlait et surtout il agissait. On lui fera donc la
• Louis XVI détrôné avant d'être roi, p. 262.
^ Ces vers, avec nombre d'ailtres du môme genre, sont réunis à la bibliollièque de l'Arsenal, sous ce litre : Prédiction et bon conseil de .)/"« Moisan, Supérieure de l'hôpital, à Mgr l'Archevêque de Paris. Le comte d'Argenson, qui les collectionnait, les a marqués de culte appréciation : très mauvaises poésies (B. L. F. 1 16 A. — Portef. I, p. 361).
' On trouvait piquant alors, comme on l'a fait souvent depuis, d'opposer l'un à l'autre les divers membres de l'épiscopat. Albert de Luynes , évêque do Bayeux, tout en partageant pleinement les principes de l'archevêque de Paris, n'avait pas eu à intervenir dans les démêlés de l'hôpifal ; mais comme il était en même temps aumônier de Marie- Josèphe, on lui faisait l'injure de supposer qu'il blâmait tacitement la conduite de Beaumont. De là, ce dialo-
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guerre sans merci et, en même temps, on s'efforcera de le rendre toujours responsable des hostilités engagées. Je trouve cette observation confirmée par quelques lignes d'une lettre où Saladin, le puritain genevois, donne son avis sur les choses du temps :
Je vois avec peine, écrit-il à madame duDeffand,le tintamarre que cause l'affaire des hôpitaux : si quelque chose pouvait devenir sérieux en France, ce serait celle-là, car de part et d'autre l'on s'est bien avancé et bien aigri ; mais quand même cette affaire serait finie, vous en verriez bientôt renaître quelque autre par le zèle de votre prélat. Il ne suffit pas d'avoir de bonnes mœurs, une bonne doctrine et de bonnes intentions, il y a quelque chose de plus nécessaire que tout cela dans la place importante qu'il occupe, c'est de l'esprit*.
Le dernier trait ne saurait étonner, venant d'une plume protestante. Nous voulons croire que Saladin était abondamment pourvu du mérite qu'il dénie superbement aux autres^ mais il y a, ce nous semble, quelque chose de plus nécessaire que l'esprit, c'est le sentiment de la justice et de la vérité. Or, c'est manquer à la vérité aussi bien qu*à la justice que de rabaisser chez Christophe de Beaumont les qualités intellectuelles, même quand on sait rendre hommage à ses
gue prêlé à l^archevêque et à la princesse. C'est Boaumont qui parle le premier :
Vous aussi, très auguste, héroTtiue Dauphine,
A moi, chef du parti, vous préférez de Luyne Qui pour ni contre ne dit rien ?
— Et c'est précisément pour cela qu'il fait bien !
(Biblioth. de l'Arsenal, loc. cit.)
Quand, plus tard, l'occasion demandera quUl se déclare, Luynes, devenu cardinal, prouvera qu'il savait aussi bien agir que parler.
1 Lettre du 15 août 1751 (Cf. Correspondance complète de la marquise du Deffand, 1. 1, p. 141).