‹ Christophe de Beaumont, archevéque de ParisChapitre 195 sur 401 · DÉCONVENUE DU PARLEMENT · texte numérisé non relu

DÉCONVENUE DU PARLEMENT

Maupeou n'en demanda pas davantage. Aussi, quand ses collègues le presseront bientôt de souscrire aux décisions extrêmes, il refusera net de s'exposer de nouveau à pai*eille aventure, d'autant que les rieurs en cette rencontre ne furent pas pour lui. Le peuple de Paris, toujours d'humeur frondeuse et narquoise, trouva des termes pittoresques pour chansonner la justice parlementaire, dont le beau zèle tombait subitement à plat' en dépit du mouvement qu'elle s'était donné, après avoir multiplié les séances de nuit, saisi les revenus de l'archevêque, convoqué les pairs et enflé si fort la voix dans ses députations. « Quand on sait , disait Tavocat Barbier, ou que l'on doit savoir que le roi est en droit de faire taire et obéir d'un seul mot, il ne faut pas fatiguer le souverain en s' opposant à chaque instant à ses volontés, ni se publier dans Paris comme une puissance établie, par sa constitution, pour contre-balancer l'autorité souveraine ^ »

Christophe de Beaumont ne se cachait pas que cette déconvenue du Parlement amènerait un redoublement de rigueurs dans les procédures entamées contre les ecclésiastiques fidèles. Mais était-ce le moment d'abaisser le drapeau quand on s'armait pour une revendication plus entière des franchises de l'Église ? C'est pourquoi il avait accueilli avec bonheur l'évêque d'Amiens, qu'il conjurait naguère de se rendre à Paris, afin d'éclairer de ses conseils et de stimuler par sa parole un certain nombre de prélats moins disposés que lui aux entreprises militantes. Tous deux se comprenaient à merveille, mais ils rencontraient chez d'autres une résistance

1 Journal, t. V, p. .324.

L EVÈQUE D AMIENS A PARIS. 237

de tempérament qui gênait leur initiative plus hardie- C'est ce qui ressort d'une lettre où Monseigneur d'Amiens rend compte de son voyage au confident habituel de ses peines. « Je suis ici (à Paris) depuis le dernier jour de l'an pour savoir ce que l'on veut de moi, car les évêques ont paru m'y souhaiter. Tout se passe en gémissements et en discours. On craint d'irriter le Roy si l'on fait quelque chose, et de nuire à la bonne cause si l'on ne fait rien, et tout cela nous fait demeurer dans l'inaction. Tout ce qui se passe entre le Roy et le Parlement sont de petits combats et des affaires particulières qui ne font rien à la grande affaire. Priez beaucoup, vous nous serez plus utiles par là que nous le serons par tout ce que nous pouvons faire. Si le Ro}^ revenait à Dieu, je suis persuadé que tout irait bien, car il écarterait tout ce qui nuit à l'Église ^ » ' Les six semaines qu'Orléans de la Motte passa près de Christophe de Beaumont se consumèrent en démarches infructueuses, en espérances vingt fois trompées. Ils étaient allés ensemble à Versailles, sans obtenir du roi, bien intentionné d'ailleurs, mais qu'ils jugeaient incapable de se résoudre à un coup d'autorité, une autre protection que la garantie inefficace des paroles et des promesses ^.

Je vois, par la correspondance intime dont je citerai encore quelques fragments, que les deux vénérables champions étaient d'accord pour reconnaître les bonnes

1 Lettre à D. Malachie, du 5 janvier 1753 (Archives de Saint- Acheul).

* « C'est refuser que de n'accorder qu'une protection stérile. Le Roy me dit que je pouvois compter sur la sienne, mais celte promesse m'a rendu plus malheureux, le Parlement en est devenu plus furieux et a accablé mes pauvres prêtres, sans que j'aie pu trouver dans cette puissante protection la moindre ressource. » (Lettre du 5 mars 1753 « au cher P. D. Léon. ») .

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