‹ Christophe de Beaumont, archevéque de ParisChapitre 295 sur 401 · UNE PAGE APOLOGÉTIQUE · texte numérisé non relu

UNE PAGE APOLOGÉTIQUE

« Ce qu'on n'ose pas tout à fait imputer à l'Église, on l'impute aux Jésuites. Ils ont inventé l'inquisition, qui existait quatre ou cinq siècles avant eux, et dont, en Portugal au moins, sous la tyrannie de Pombal, ils ont été les victimes bien injustement et cruellement sacrifiées. Ils ont fabriqué la Ligue et la Saint-Barthélémy ; ils ont mis le poignard aux mains de Jacques Clément , de Ravaillac, de Damiens. Ne finira-t-on pas un jour par dire que ce sont eux qui, au 9 thermidor, ont assassiné ce bon M. de Robespierre ,. si en faveur à l'heure qu'il est?

« Ne serait-il pas temps cependant d'abandonner cette vieille rengaine (pour parler la langue des journaux), qui, là où elle voit un chef d'accusation, le met toujours sur le dos des Jésuites, sans savoir ce que les Jésuites ont fait ou n'ont pas fait ? M. Rocquain luimême cède à ce préjugé * : vingt fois dans son livre il nomme les Jésuites, il voit en eux les auteurs du mal ou de ce qu'il appelle le mal, sans avoir un fait, un mot à citer qui prouvent l'intervention des Jésuites; et remarquez que ce sont toujours les Jésuites qu'on accuse, bien rarement tel ou tel Jésuite.

« Ne nous plaignons pas trop cependant et ne plaignons pas trop les Jésuites. Cet état d'éternelle accusation c'est leur gloire. Je ne tombe jamais sur une de ces inculpations si fréquentes et toujours si vagues, sans me rappeler ce mot de TÉvangile où elles sont prédites;

1 M. Rocquain, dans son livre sur l'Esprit réoolulionnaire avant la Hévolutiorij a fait un tableau curieux de la société du xyiii^ siècle ; mais ses jugements sont parfois empreints d'une fâcheuse légèreté, et c^est avec raison qu'on lui a reproché de ne pas toujours soumettre à une vérification suffisante tous les faits qu'il offre à ses lecteurs.

392 RETOUR d'eXIL.

elles leur ont été annoncées en effet par Celui même dont ils portent le nom : « Vous serez en haine à tous, leur a dit Jésus, vous serez en haine à tous à cause de mon nom^ »

Depuis que ces lignes ont été écrites , le docte historien des Césars a pu constater une fois de plus que , de nos jours comme au temps des -persécutions, c'est le même nom qu*on poursuit de la même haine dans la personne de ceux qui s'honorent de le porter. Et le mot de TertuUien serait encore vrai : « On n'attend qu'une chose pour les condamner, l'aveu de leur nom ; quant au crime qu'on leur impute, on ne pense seulement pas à en informer 2. »

H semblait injuste que, le Parlement une fois rétabli, l'archevêque de Paris ne fût pas également rappelé dans sa métropole. Bernis eut l'inspiration de travailler à ce résultat et le bonheur d'y réussir. Ce ne devait pas être pour un long temps, car, si les magistrats s'étaient réconciliés en apparence avec le roi, ils n'attendaient que le moment où le prélat aurait recouvré sa liberté pour reprendre contre lui la procédure suspendue par le fait même de son exil.

Le l^*" octobre, sur le soir, Christophe de Beaumont rentrait en ce palais archiépiscopal, d'où il était banni depuis trois ans. Les^ abords s'en trouvaient embarrassés par suite des travaux entrepris pour la construction de la sacristie nouvelle 3, et le peuple , qui saluait

1 Correspondant du 25 avril 1878, p. 297.

'«Illud solum spectatur... confessio nominis, non examînatio criminis. » {Apologet.y c. II.)

^ Un architecle de notre temps a grandement médit de ce travail : « Quand on a vu^ comme nous, la sacristie que Soufflot avait adaptée aux chapelles

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