JUGEMENT DE MONTAZET
est du moins avéré que Tarchevêque nommé de Lyon montra quelque impatience de soutenir la cause de ces filles, puisque, dès le 8 avril, avant d'avoir reçu ses bulles, il rendit, en sa qualité d'administrateur, une ordonnance qui déclarait celle de Beaumont nulle et sans effet, enjoignant de procéder à l'élection canonique selon les formes accoutumées.
« Ce qui sera suivi, remarque le chroniqueur, d'une grand'messe et d'une communion générale de ces bonnes dames qui, enfin, sans s'être soumises à leur archevêque, auront eu le dessus ; et M. l'archevêque de Paris, dans son exil, se sera réservé assez inutilement î la connaissance de cette affaire. On dit que d'autres avaient refusé cette commission du roi ^ »
Il est également certain que le jugement de l'évêque d'Autun souleva de nombreuses réclamations dans le haut clergé, et qu'il fit perdre à Montazet, avec l'ancienne confiance de la reine, celle de toute la famille royale. Quand même, disait-on, il aurait eu pour lui le droit strict et rigoureux (ce qui ne laissait pas d'être contesté par plusieurs), un acte aussi précipité, rendu au préjudice d'un illustre collègue alors en exil, blessait les plus vulgaires convenances.
« A sa place, déclare Bernis lui-même, je me serais laissé nommer à l'archevêché de Lyon, et je l'aurais refusé pour ne pas donner occasion à mes ennemis de
frère a été la condition de celle nomination. » (Barbier, t. VII, p. 35.) ■— Les historiens ecclésiastiques de notre temps enregistrent ce bruit, fort accrédité, sans essayer de le démentir. Cf. Rohrbacher, 1. LXXXIX, g iv. —Jager^ xviii. 304. — Ami de la religion, t. XXII, p. 162.
1 Barbier (t. VU, p. 34;. — « Quoi qu'il en soit, conclut Luynes, la communion a été très publique. Cette affaire faisait tant de bruit depuis longtemps que l'église était pleine le jour de l'élection. » (T. XVI^ p. 417.)
RÉCLAMATIONS QU'iL SOULÈVE. 435
dire que j'avais sacrifié ma conscience à mon ambition ; cette action noble et désintéressée aurait augmenté sa réputation, et n'aurait pas nui à sa fortune. J'étais son ami, je lui en aurais donné le conseil si je n'avais pas été ministre du roi ; mais je ne pouvais pas aller contre la direction du système que le roi avait embrassé ^ »
On dit, en effet, que Montazet avait tout d'abord demandé la permission d'aller traiter cette affaire avec l'archevêque de Paris, et que la permission lui fut refusée^, parce que Beaumont aurait pu le détourner de son dessein, s'il lui avait marqué sa répugnance à cet égard. Le conseil du roi ne voulait pas que des bienséances d'évêque à évêque pussent empêcher de terminer, par la voie canonique, une querelle qui échauffait au plus haut point le Parlement et le public.
Toutefois Bernis a raison d'egouter que, si le jugement de Montazet tranquillisa les hommes de la cour , il mit « beaucoup de chaleur dans le clergé » ; car, non seulement un grand nombre de prélats blâmèrent formellement l'acte dont nous parlons, mais, dans certaines assemblées de province destinées à préparer la réunion générale du mois d'octobre, on proposa d'élever des réclamations énergiques et d'obliger même le nouveau primat à rétracter de point en point son jugement.
Beaumont, de son côté, crut devoir publier un Mémoire, dans lequel il présentait comme une atteinte à
i Mémoires de Bernis^ t. II, p. 58.
* Montazet déclare formellement, dans sa lettre, qu'il avait même demandé d'aller trouver Beaumont en Périgord. Cette permission lui fut refusée (p. 133). Bernis, bien au courant des choses, nous en fait connaître le vrai motif.