‹ Christophe de Beaumont, archevéque de ParisChapitre 325 sur 401 · POURPARLERS DE BERNIS · texte numérisé non relu

POURPARLERS DE BERNIS

ses droits un acte épiscop^l qui semblait légitimer la révolte. L'opinion s'eji émut d'avance.

« J'espère que le Mémoire de l'archevêque de Paris ne paraîtra pas, » écrivait Bernis à madame de Pompa dour^ Aussi bien s'ingéniait-il de toute manière à en arrêter la publication, selon ce qu'il avait mandé précédemment à la favorite. « Jai vu le clergé sage et le clergé fou; j'ai encouragé l'un et l'autre. J'espère que l'assemblée se passera sans éclat. Demain je verrai les robes noires pour les rassurer sur ce qui se passera à l'assemblée 2. »

Grâce aux pourparlers de Bernis — dont le système, comme il l'écrivait à Stainville devenu duc de Choiseul, consistait à gagner la confiance du Parlement et du clergé, pour empêcher « le choc de ces deux corps ^ ^ — le ministère réussit à soustraire aux discussions des députés ecclésiastiques le grave incident de l'évêque d'Autun, et l'adroit négociateur n'eut pas de peine à constater que tout s'était terminé « avec la plus grande décence » et le plus grand ordre. « Jamais, dit-il, apparence d'orage n'a été suivie par un plus grand calme*. »

On ne saurait mieux s'y prendre, en effet, pour étouffer une discussion, que de fermer la bouche au contradicteur. Seulement la dignité de Montazet ne nous paraît pas avoir gagné à cette manœuvre des gens de cour.

Je sais qu'il entreprit de justifier toute sa conduite

^ Lettre du 9 novembre 1758.

- Lettre du 2G septembre.

^ Lettre du 11 octobre. — C'est le 25 août de celte môme année 1758 que le roi avait créé le comte de Stainville duc héréditaire. Bernis Ten félicitait dès le lendemain : « C'est avej la plus grande joie, Monsieur le duc, que je vous appelle ainsi. »

* Mémoires^ t. II, p. 59.

MÉMOIRE DE l' ARCHEVÊQUE DE LYON. 437

dans une lettre, véritable mémoire, adressée à l'archevêque de Paris. Œuvre fort remarquable, d'ailleurs, attribuée dans le temps à deux ennemis de Beaumont (l'abbé Hooke et le canonisteMey), cette lettre ramène la défense du primat aux propositions suivantes :

I. Mon ordonnance est irrépréhensible dans tous ses points; et quand je me serais trompé dans mon jugeinent, vous seHez encore^ par défaut dHntérêt et de qualité^ non recevàble pour Vattaquer,

II. Mes procédés par rapport à vous ont été aussi honnêtes et aussi respectueux^ que ma conduite légale a été régulière.

En somme, tout se réduit à démontrer que l'archevêque de Lyon a pu juger, qu'il a dû juger, qu'il a bien jugé.

Les collègues de Montazet ne s'en montrèrent pas moins froissés de ce qu'il avait pris, dans son Mémoire, le titre de primat de France^ tandis que ses prédécesseurs s'étaient toujours titrés primats des Gaules. Mais

comme le Parlement et les jansénistes appuyaient ces prétentions, le prélat se consolait du blâme des évêques en prenant goût aux applaudissements du parti. On a dit avec raison que « ce fut là son châtiment », car il inclina, dès cette époque, vers des doctrines que son zèle avait précédemment combattues avec une rare vigueur. Ses collègues le lui feront sentir en plus d'une rencontre, notamment à l'assemblée de sa province ecclésiastique, en 1760.

L'assemblée générale de 1758 fournit, au contraire, une occasion éclatante de manifester à Christophe dé Beaumont les sentiments de haute estime que le clergé de France professait pour son caractère et sa personne.

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