MORT DE SA MERE
sommeil des âmes justes, précédant de quelques semaines dans la tombe l'évèque de Sarlat, son consolateur des derniers jours ^ Si préparé qu'il fût, depuis son voyage en Périgord, au coup douloureux qui le frappait, Christophe de Beaumont éprouva comme une surprise poignante et je ne sais quels déchirements inattendus. Sans avoir jamais connu les écarts d'Augustin, il aimait souvent à se dire le fruit des sollicitudes et des prières de Monique. Ce lointain souvenir de l'éducation maternelle, qui l'avait fait tout ce qu'il était, rendit plus cuisanté au cœur filial la première annonce d^une irréparable mort. Il sentit, lui aussi, cette « tristesse immense» que le fils de Monique voyait prête à déborder en un torrent de pleurs; mais vainement aussi commandait-il à ses yeux de ravaler leur courant jusqu'à demeurer secs, il fallut cesser enfin une lutte impossible et abandonner le champ libre à des larmes que nul ne songeait à lui reprocher^.
Quand il rentra à Paris, le mercredi saint, 29 mars, après quelques jours de retraite à son château . de Conflans, une députation du chapitre vint lui exprimer, avec les sentiments de condoléance de tous ses prêtres, la résolution qu'ils avaient prise de célébrer, à la métropole, un service funèbre pour le repos de l'âme de sa noble mère. Christophe de Beaumont se montra fort sensible à ce témoignage de l'étroite liaison des âmes qui s'était établie entre lui et son clergé 3. La messe de mort fut fixée au jeudi 20 avril, et Monseigneur déclara son
^ Mgr Alexandre Le Blanc, évêque dé Sarlat, mourut le 3 mai de la même année, à l'âge de soixante-neuf ans.
* August., Confess., l. IX, c. xii.
^ « Pro intima quœ interccdit necegsitudine, » disent les Actes capilulaires.
136 MORT DE LA TOUR d' AUVERGNE.
intention de remplir lui-même ce triste et pieux devoir.
Mais, parmi d'autres preuves d'une véritable sympathie dont l'archevêque fut honoré à l'occasion de son deuil, les avances de Marie Leckzinska eurent ce caractère particulièrement touchant, que la dévote reine venait de perdre elle-même une mère chérie, presque jour pour jour ^ Tant il est vrai que le propre des grandes vertus est de ne point tellement s'enfermer dans la douleur égoïste , qu'il semble qu'on soit seul à souffrir ou que personne ne souffre autant !
Christophe de Béaumont appartenait à cette forte race d'âmes, oublieuses d'elles-mêmes, qui n'oublient point de se sacrifier à l'utilité des autres. C'est ainsi qu'on le vit alors se dérober aux exigences légitimes de l'affliction, pour aller porter sans retard quelques paroles réconfortantes à un vénérable infirme qui luttait péniblement avec la mort.
Retiré dans son hôtel de la rue de l'Université, auprès de la princesse de Beauvau, sa nièce, le cardinal de la Tour d'Auvergne, ancien démissionnaire de l'archevêché de Vienne, n'aspirait plus qu'à s'assurer une place en un séjour meilleur. Béaumont, son premier successeur sur le siège primatial, le visitait souvent, le consolait, raffermissait ses espérances, tout en s'édifiant lui-même des beaux exemples dont l'agonie du vieillard le rendait témoin. A l'évêque de Blois, qui se trouvait encore à Paris où le retenait le mariage de Crussol d'Amboise, son neveu, avec la fille de M. de Bersen, grand audien-
1 La reine de Pologne, Catherine Opalinska, était morte le 19 mars, deux jours après madame de Béaumont. Le service de deuil n'eut lieu, à Paris, que le 18 mai suivant : ce fut encore l'archevêque qui le présida (Cf. Luynes, t. VIII, p. 222.