CONDUITE DE BEAUMONT
accusa pas moins les Jésuites de l'avoir empoisonné \, comme on les accusera bientôt d'avoir incendié le palais d'un évêque, plus que suspect, Samuel de Verthamon ^.
Beaumont ne se dissimulait pas le but qu'avait poursuivi la secte, en s'efforçant de donner à l'affaire dont nous parlons un retentissement hors de toute proportion avec son importance. Comment ne pas voir, en effet, qu'il ne s'agissait point tant pour elle de s'attaquer au livre d'un homme, jusque-là fort obscur, que de jeter le discrédit sufTordre entier auquel appartenait|Cet humble religieux ! N'était-ce pas aussi le moyen de répandre plus en liberté , à la faveur du trouble, les germes toujours actifs d'une doctrine perverse, condamnée vingt fois? En se disposant ainsi de loin à la ruine complète des Jésuites par une guerre sournoise de pamphlets, on s'acheminait lentement, mais sûrement, au cœur même de la place qu'on avait juré de livrer à l'ennemi.
Dans son indomptable amour pour l'Église, Christophe de Beaumont n'oubliait pas non plus son serment de ne transiger jamais avec le devoir. Les politiques, je l'avoue, le trouvaient peu endurant sur le chapitre de la conciliation ; ils lui reprochaient de brusquer parfois les dénouements , ou plutôt, pour emprunter leur langage, d'abuser « des dissonances, » sans imiter l'artiste qui les prépare par un bon accord et les sauve par un autre. Il est bien question d'art en si grave affaire !
1 Sous leurs coups Bastignac succombe,
répétait encore, en 1762, la seconde Jésuitique, pamphlet sans art qui avait la prétention d'imiter les Philippiques de la Grange-Chancel.
* Voir les particularités de cet incendie dans VHisloirc des évêques de Luçon^ par l'abbé du Tressay (t. III, p. 259).