DÉLIBÉRATION DU CONSEIL
L'assemblée générale s' étant donc réunie à l'archevèché, Christophe de Beaumont proposa pour le poste vacant la dame Herbert, veuve de Moisan, qu'il avouait être étrai^ère à l'hôpital, mais « d'un très grand mérite, de beaucoup d'esprit, d'une profonde piété, d'un caractère plein de douceur et de charité pour les bons pauvres, et de fermeté contre les indociles, capable d'un grand détail et très propre pour cette place ^ »
Quand on en vint à recueillir les voix, le président Maupeou appuya le premier l'opinion de l'archevêque, par ce motif qu'une femme étrangère, demeurée en dehors des divisions qui régnaient dans l'hôpital, s'y présenterait plus facilement sans acception de personnes. Nicolaï, Blancmesnil, le procureur général, le prévôt des marchands, quatre autres directeurs encore^, opinèrent dans le même sens. Quant à Guillet de Blaru, ancien avocat au Parlement et janséniste affiché, il exprima le sentiment contraire, affirmant qu'on devait toujours élire ex gremio capituli : son suffrage, qui se portait naturellement sur sœur Saint-Michel, entraîna celui des onze administrateurs subalternes dont il était le doyen.
Restait Beaumont, qui avait charge de conclure. Il établit, à rencontre de la pluralité des voix consultatives, que l'avis des chefs réels de l'administration serait tenu pour prépondérant. L'élection dès lors fut résolue et la supérieure installée -K
ï Extrait des registres du bureau de l'Hôpital général (délibération du samedi 12 juillet 1749).
^ C'étaient les sieurs Nègre, lieutenant criminel ; Deniset , trésorier de France ; Le Boullanger de Ghaumont, maître des comptes ; Dorât de Chameules, auditeur à la même Cour.
* Collé se faitTécho de sottes rancunes, quand il prétond que Blaru ayant
IRRITATION CONTRE l' ARCHEVEQUE. 187
Grande colère chez les conseillers et avocats du second ordre, qui sortirent tumultuairement . du bureau et envoyèrent le lendemain leur démission collective. Grande exaspération aussi contre l'archevêque, du moins parmi les habiles dont il dérangeait le plan, et qui trouvaient spirituel de l'accuser d'être entré « comme un mouton sur son siège, » pour s'y comporter bientôt « en loup irritée»
Le pamphlétaire janséniste surtout faisait rage. Nous ne dirons rien des turpitudes qu'il mettait au compte de la supérieure élue, pas plus que nous ne ramasserons dans d'autres libelles, certaines allusions au métier infâme qu'elle aurait précédemment exercé ^. Mais on nous pardonnera de montrer avec quelle intention blasphématoire il rapprochait, de ces propos de mauvais lieu, les actes les plus respectables du Saint-Siège.
La postérité croira -t-elle qu'une si étrange révolution n'ait eu, de la part d'un archevêque de Paris, d'autre motif et d'autre but que d'introduire dans un hôpital une bulle, dont il ne résulte rien d'utile,
voulu parler pour combaltre le sentiment de rarchevôque , celui-ci aurait répoQdu avec dédain et hauteur : « Nous n'avons pas ici, monsieur, besoin d'éloquence, mais d'obéissance. » {Journal et Mémoires , t. I, p. 88). — Les procès-verbaux des registres de l'hôpital rapportent simplement en ces termes les conclusions de Tarchevèque : « Je donne mon suffrage à M^^^^ de Moysant et conformément à l'avis de Messieurs les Chefs, quoiqu'il n'y ait que dix voix contre douze; je conclus en faveur de la dame de Moysant pour être Supérieure de la Maison de la Salpètrière .où elle sera incessamment installée en ladite qualité. Ainsi signé : -|- Chr., Arch, de Paris. — Délivré .par moi greffier du bureau soussigné, Reneux. »
1 Argenson (l. VI, p. 7).
^ Les plus modérés se contentaient d'en faire une ancienne maîtresse de cabaret, rue d'Enfer^ où Beaumont aurait jadis contracté nombre de dettes criardes, du temps qu'il était écolier, — rue de Vaugirard, disait le journal des sectaires ; rue de la Harpe^ dira l'Espion anglais. — Et c'est le marquis d' Argenson qui consigne des cailletages de ce genre, les seuls que nous puissions décemment transcrire! {Ibid., p. 31.)