‹ Christophe de BeaumontChapitre 153 sur 368 · INSINUATIONS CALOMNIEUSES · texte numérisé non relu

INSINUATIONS CALOMNIEUSES

lien de développé pour la foi, pour les mœurs, pour l'instruction et l'édification des pauvres? M. l'archevêque veut, dit-il, extirper le jansénisme dont cet hôpital est infecté de longue main. Mais de quelle religion étaient donc les prédécesseurs de ce prélat? Quelle est donc cette lèpre, cette espèce de cancer, cet ulcçre invétéré doftt M. de Beaumont veut purger l'Hôpital général? S'il est aussi certain, comme tout le monde le dit, qu'il en a pleuré chez M. le Chancelier, ses larmes sont consolantes pour les Jésuites et pour l'école de Molina; mais elles ne donnent aucune lumière sur un si grand mal... On a été même jusqu'à dire qu'en introduisant la bulle à l'hôpital l>ar le moyen de la dame Moysan, il ne pouvait donner à ce décret une introdttctrice mieux assortie^.

En réponse aux insinuations calomnieuses, Beaumont poursuivait avec opiniâtreté son travail de réformes, veillant surtout à régulariser de plus en plus la distribution dès fournitures. Il ne craignait pas, à cette fin, de tenir bureau tous les huit jours au palais épiscopal ; il se transportait même dans chacune des réu-

^ Nouvelles ecclésiastiques de 1750, p. 48. — Pour montrer tout ce qu'il y a d'odieux dans les mots que nous avons soulignés, il faudrait pouvoir citer quelques épigrammes significatives sorties de la même officine. En voici doux, empruntées à une langue qui jouit de certaines franchises :

Ad Archiepiscopum Parisiensem.

Te cogente, suas linquit pia Julia sedes,

Teque, vicem illius Lena, jubente, subit ! Quae tua mens? quid Pastor agis? num sacra piare

Vis loca? num liic Veneri teropladicare paras?

Ad Constitutionem Unigenitus.

Quae sis, quo spectes tua dudum facta loquuntur ;

Te norunt p.ueri faemineique grcges.

Tu (quanquam exilem) tamen ardes ponere larvam,

Et tollis turpes turpis ad astra Lupas. Perge âge : Lenones, LenaB tua castra sequantur, Et Dominam te mox id genus omne colat.

{Le vrai Becueil des Sarcelles, t. II, p. 201.)

nions particulières que les administrateurs multipliaient à la Pitié ^ comme pour mieux attester aux créanciers de ses clients qu'il faisait de la question .des pauvres sa question personnelle.

Lourd fardeau, pourtant, que celui de sa charité ! car il n'y avait pas moins de douze mille bouches à nourrir dans les huit maisons du grand Hôpital, sans parler de six mille enfants qui réclamaient une mère et du lait. Mais, au témoignage d'un contemporain bien informé, rien ne coûtait à Beaumont, quand besoin était de se mettre en avant pour l'intérêt de ses chers hospices : veilles, courses fréquentes, détails infinis, forts emprunts dont il se porte caution, son zèle pourvoit à tout, son cœur suffit à tout-.

Persuadé, en outre, que maint désordre dans tes mœurs provient d'une oisiveté malsaine, il s'était empressé de faire rétablir, à ses frais, les manufactures que la misère tenait depuis longtemps arrêtées. Ses succès en ce genre tiennent du prodige, car, après quelques mois, quarante-cinq métiers avaient déjà repris, et plus de deux mille indigents, restés sans ouvrage, étaient utilement employés à la confection des draps et des serges pour la troupe.

Le charitable prélat ne négligeait pas d'ailleurs les autres genres de ressources auxquels pouvaient avoir droit ses protégés. Malgré les premiers gentilshommes de la cour qui cherchaient de leur côté à subvenir aux dettes de la Comédie et de l'Opéra, il ne se donna point

^ L'Hôpital général élait alors composé de liiiit maisons : la Salpctrière^ la Pitié, Bicétre, le Saint-Esprit , les Ënfants-Rouges, Scipion, les Enfants- Trouvés de la rue Notre-Dame et ceux du fauboui^ Saint-Antoine.

* Cf. Lettre à un ami de province (loc. cit.).

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