‹ Christophe de BeaumontChapitre 179 sur 368 · LES RECORS AU COUVENT · texte numérisé non relu

LES RECORS AU COUVENT

dentelle de ce nouveau conflit, était revenue à la santé et demandait, par acte passé devant notaire, que le Parlement voulût bien ne pas donner suite à sa plainte, attendu qu'elle avait Tespérance de se présenter bientôt à la paroisse pour y faire ses dévotions. Mais ce n'était pas le compte de ceux qui exploitaient, au profit de leurs rancunes contre Beaumont, le dernier soupir d'une mourante.

Pendant qu'ils délibèrent sur la tournure inattendue que vient de prendre cette espèce de comédie, on apprend que les recors de M. d'Argenson ont pénétré le soir dans la communauté de Sainte- Agathe et, par ordre du roi, fait monter la convalescente dans une chaise à porteurs, pour la transférer en l'abbaye de Port-Royal. Cinq jours après, le vendredi 29 décembre 1752, une lettre de cachet enjoint aux autres dames de renvoyer les pensionnaires chez leurs parents et de vider elles-mêmes la maison qu'elles occupent.

Les fervents du jansénisme sentirent le coup porté à cette chère pépinière de la secte. Mais si le Parlement y vit prétexte à formuler de nouveaux griefs, n'abusait-il pas un peu des termes, lorsque, dans son adresse du 3 janvier 1753, il parlait sérieusement au roi de « la consternation générale » qu'avait répandue dans Paris l'enlèvement de sœur Perpétue ? Louis XV, déjà plus que molesté par diverses expressions malsonnantes, répondit en quelques mots fort secs ; puis, se tournant avec brusquerie vers le président Maupeou : « Quant aux ordres que j'ai jugé à propos de transmettre, je ne croyais pas. Monsieur, que vous eussiez osé m'en parler. »

L EVÈQUE D AMIENS A PARIS. 237

de tempérament qui gênait leur initiative plus hardie- C'est ce qui ressort d'une lettre où Monseigneur d'Amiens rend compte de son voyage au confident habituel de ses peines. « Je suis ici (à Paris) depuis le dernier jour de l'an pour savoir ce que l'on veut de moi, car les évêques ont paru m'y souhaiter. Tout se passe en gémissements et en discours. On craint d'irriter le Roy si l'on fait quelque chose, et de nuire à la bonne cause si l'on ne fait rien, et tout cela nous fait demeurer dans l'inaction. Tout ce qui se passe entre le Roy et le Parlement sont de petits combats et des affaires particulières qui ne font rien à la grande affaire. Priez beaucoup, vous nous serez plus utiles par là que nous le serons par tout ce que nous pouvons faire. Si le Ro}^ revenait à Dieu, je suis persuadé que tout irait bien, car il écarterait tout ce qui nuit à l'Église ^ » ' Les six semaines qu'Orléans de la Motte passa près de Christophe de Beaumont se consumèrent en démarches infructueuses, en espérances vingt fois trompées. Ils étaient allés ensemble à Versailles, sans obtenir du roi, bien intentionné d'ailleurs, mais qu'ils jugeaient incapable de se résoudre à un coup d'autorité, une autre protection que la garantie inefficace des paroles et des promesses ^.

Je vois, par la correspondance intime dont je citerai encore quelques fragments, que les deux vénérables champions étaient d'accord pour reconnaître les bonnes

1 Lettre à D. Malachie, du 5 janvier 1753 (Archives de Saint-Acheul).

* « C'est refuser que de n'accorder qu'une protection stérile. Le Roy me dit que je pouvois compter sur la sienne, mais cette promesse m'a rendu plus malheureux, le Parlement en est devenu plus furieux et a accablé mes pauvres prêtres, sans que j'aie pu trouver dans cette puissante protection la moindre ressource. » (Lettre du 5 mars 1753 « au clier P. D. Léon. ») .

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