LA DÉCLARATION DE
Il y avait bien des choses couvertes par ce mot d'évêques tolérants qui va devenir à la mode dans la langue du xv!!!** siècle, mais on visait surtout alors ceux que le jansénisme travaillait à détacher du centre de l'unité catholique, en les détachant de Rome. Christophe dé Beaumont n'avait-il pas eu vent que les parlementaires songeaient à représenter au roi la nécessité de ne plus nommer aux sièges épiscopaux du Gomtat, sous prétexte que les évêques avignonnais étaient tous dans les principes ultramontains ? « Je crois qu'ils n'ont encore osé le faire, écrivait Mgr de la Motte, mais ils en sont fort tentés ^ »
Ce qui n'est pas douteux, c'est que le Parlement de Paris se reprit tout à coup d'une folle ardeur pour assurer le maintien des libertés gallicanes, telles qu'on les trouve formulées dans la fameuse déclaration de 1682. Déjà un arrêt, rendu le 25 octobre précédent, avait condamné au feu une thèse ultramontaine soutenue chez les PP. Carmes de Lyon, avec défense à toute personne séculière ou régulière de soutenir, es écoles de théologie ou ailleurs, aucunes propositions directement ou indirectement contraires aux quatre articles.
Cette déclaration n'ayant pas fait alors tout le bruit qu'on attendait, le Parlement affecta de la confirmer par un nouvel arrêté du 26 janvier 1753, ordonnant qu'il serait « publié et envoyé à toutes les universités et autres écoles de théologie du ressort, pour y être lu et enregistré, avec injonction aux syndics des universités et aux supérieurs ecclésiastiques desdites écoles de théologie, de certifier le procureur général de l'exécution. »
^ Lettre du 21 février i753 à D. Malachie.
240 OPPOSITION DE L*ARCHEVKQUK.
Beaumont était resté insensible aux paroles de menace, mais il n'avait pu s'arrêter de sang-froid, dans le réquisitoire du substitut Pierron, à des affirmations comme celles-ci : « La puissance souveraine et législative attribuée au Pape, sa supériorité sur les conciles, le droit qu'on lui donne de déposer les évoques, sont des opinions aussi contraires à l'antiquité qu'à Tindépendance de l'Église de France. ».
Il s'abouche aussitôt avec le nonce et, au sortir de l'audience, va solliciter du roi les lettres de cachet nécessaires pour qu'on s'oppose, dans les Facultés et les écoles, à l'enregistrement d'une pièce aussi inquiétante pour les saines doctrines. Non content de cette première démarche, il fait répandre un mémoire publié sous son inspiration, mémoire tendant à démontrer qu'on ne saurait, « sans risquer la foi et aller contre la conscience, » procéder à la lecture publique et à l'enregistrement de ces deux arrêts. L'écrit, imprimé par ordre de l'archevêque, est incontinent déféré aux gens du palais qui le font lacérer et brûler, le 27 février, « comme séditieux et injurieux au roi et à la cour. »
Orléans de la Motte, rentré depuis quelques jours à peine dans Amiens, se hâte d'envoyer à Beaumont une protestation vigoureuse contre les termes du réquisitoire qui a précédé la sentence, en mêrne temps qu'une copie du blâme qu'il vient d'infliger à certains religieux de sa ville épiscopale, trop empressés à enregistrer, sans restriction, les arrêts de la Cour et son réquisitoire « schismatique ^ » Dans sa lettre au procureur général
1 Luynes reproduit cet avertissement du 8 mars aux Pères Dominicains d'Amiens {Mémoires, t. XII, p. 31i5). — Mgr de la Motte les menaçait, s'il n'y