LA NOUVELLE GÉNÉRATION
le doyen de l'épiscopat depuis la mort de Caylus d'Auxerre, il précédera de quelques jours dans la tombe Tancien évèque de Mirepoix, usé comme lui par les dégoûts dont Tabreuve l'insolence des parlements*.
Christophe de Beaumont ne pouvait que gémir des coups successifs qui allaient éclaircissant les lignes de ses compagnons d'armes. En vain les nouveaux élus demandaient-ils à recevoir de ses mains la consécration épiscopale, comme un témoignage de conformité parfaite dans la doctrine ; l'archevêque de Paris prévoyait trop que les Montmorency-Laval, les Roquelaure, les Nicolaï, les La Tour-du-Pin, les Montluet, ne remplaceraient qu'à demi ces grands morts sur les sièges d'Orléans, de Senlis, de Verdun, de Riez et Saint-Omer -.
Il se reposait davantage sur la génération naissante
qu'il voyait grandir pour l'espérance du sacerdoce.
Si les jeunes lévites qui reçurent alors de lui les prémices des saints ordres ne réalisèrent pas tous la plénitude de ses vœux, du moins aucun d'eux n'a laissé de faire plus tard quelque figure dans l'histoire de l'épisqopat français : Leyssin à Embrun, Yilledieu à 7 i^ ^ Digne^urfort à Besançon, Dulau à Arles, Marbœuf à L^^n, La Luzerne à Langres 3. J'en passe d'autres sous
^ Boyer mourut le 21 juillet 1755, Belsuuce était mort le 4 juin précédent.
* Le sacre do Tévéque de Riez se fit, le 27 janvier 1752, dans la chapelle de l'archevêché de Paris; celui de Févèque d'Orléans, le 10 février 1754. dans le chœur de Notre-Dame, où devait avoir lieu pareillement, le 16 juin, le sacre des évoques de Senlis et de Verdun. Franoois de Montluet reçut l'onction épiscopale dans Téglise des Bénédictines de Conflans, le 12 janvier
' C'est Christophe de Beaumont qui donne la tonsure ecclésiastique à Jean* Marie Dulau (21 avril 1753), les ordres mineurs à François de Villedieu (28 mars 1751) et à Alexandre de Marbœuf (20 décembre 1754), la prêtrise à Louis de Leyssin (23 décembre 1747) et à Raymond de Dufort (20 décembre 1749). — Quant à Guillaume de La Luzerne, nous le voyons élu chanoine de
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256 COUPS d'autorité.
silence, ou parce qu'ils ne furent pas ordonnés à cette époque, ou parce que leurs noms sont moins connus.
Sur ces entrefaites, et dans les premiers jours de 1754, la compagnie du guet de Paris fut mise en émoi par je ne sais quel projet d'assassinat dont Christophe de Beaumont devait être la victime. Le comte d'Argenson et Berryer, lieutenant général de police, avaient été l'objet de pareilles menaces. Sur la dénonciation de l'un des conjurés, on arrêta quelques échappés de Bicêtre, plus fous sans doute que dangereux. L'affaire, poussée d'abord avec activité, fut abandonnée assez promptement. On jugea plus à propos de l'étouffer.
Mais si les ennemis de l'archevêque avaient cru l'intimider, ils se trompaient. Loin de s'émouvoir des attaques, Beaumont sembla redoubler de fermeté et de 'décision. Sans égard pour ce siècle orgueilleux de la philosophie, qu'il appelle «la lie des siècles ^ » il annonce sa résolution de ne pas moins veiller à sauver les restes de la discipline primitive qu'à défendre dans son intégrité le dépôt sacré de la foi.
Coup sur coup, il interdit la musique à l'abbaye de Longchamp, pendant la semaine sainte, à cause des scandales croissants qu'amène l'affluence traditionnelle d'une société fort mêlée ^ ; il enlève les pouvoirs aux prêtres et aux religieux qui biaisent avec l'orthodoxie ; il ne ménage pas même le célèbre P. Reynauld, de
Notre-Dame, le 29 avril 1754, en remplacement de Nicolaï, nommé à Pévôclié de Verdun.
• Mandement du 31 février pour le carême de 1754.
* «'L'on a remarqué aux dernière» promenades, pendant les trois jours de ténèbres, que l'on n'avait point vu comme aujourd'hui le triomphe des courtisanes... Jamais Ton n'a poussé si loin la magnificence de la débauche. » — (Argcnson, t. VIII, p. 278.)