LE P. LAUGIER
l'Oratoire, qu'il avait appelé l'année précédente à prêcher le carême de Notre-Dame, et qu'il remplace par un jésuite de réputation, le P. Chapelain.
Pendant ce temps, un autre jésuite, le P. Laugier, faisait entendre de rudes vérités à la cour de Versailles dans une série de sermons sur les devoirs des grands. Il tonnait, avec une hardiesse que plusieurs trouvèrent affectée, contre les plaisirs du roi et les abus du pouvoir, à la satisfaction visible du dauphin qui, disait-on, en conférait préalablement avec l'archevêque de Paris. Le discours du troisième dimanche (17 mars) produisit même une sensation si profonde, que les courtisans eurent constamment les yeux baissés, sans oser arrêter leurs regards sur le prince ou sur l'auditoire *.
Le roi, qui n'avait rien perdu des apostrophes véhémentes, se contenta de dire en sortant à d'Argenson : « Le prédicateur a parlé bien hardiment, il a parlé contre vous autres, ministres; je ferais bien de le faire avertir d'être plus circonspect à l'avenir; mais l'on dit déjà trop de choses contre les Jésuites dans le public, il ne faut pas y donner de nouveaux sujets *. »
1 C'est du moins ce que constate un manuscrit de l'Arsenal) cité par les éditeurs du marquis d'Argenson. Le P. Laugier aurait peint « un souverain qui, devant tout faire, ne fait rien; — des ministres qui, faisant tout, abusent de leur pouvoir; — un peuple que Ton force à la désobéissance en lui demandant ce quUl n'a plus, puisqu'il a tout donné ; — Targent qui coule à grands flots pour des bâtiments et pour des choses inutiles ; — des Amans sans nombre et pas un Mardochée... » (Argenson, t. VIII, p. 266.) — Il est difficile, au reste, de connaître exactement les paroles mêmes de Laugier, sUl est vrai que cet orateur improvisât toujours sur de simples notes. (Cf. Luynes, t. XIII, p. 228).
^ N'oublions pas de rappeler les éclatants succès que remportait alors à Paris un missionnaire justement célèbre. Plusieurs fois engagé par Beaumont, qui avait précédemment recommandé à son zèle les vastes maisons de Bicôtre et de la Salpêtrière, Bridaine s'était hâté de changer en mission la