DÉMARCHE DE BEAUMONT
D'une part, les magistrats, tout en spéculant sur les bénéfices que leur assurait le dispositif de la déclaration, s'irritaient des termes sévères du préambule^ et s'entêtaient à y voir une insulte gratuite aux prérogatives de leur compagnie. D'autre part, le clergé exprimait de justes plaintes, et la Faculté de théologie réclamait avant tout le droit de porter les jugements que sa conscience lui dicterait dans les matières où la foi se trouvait engagée.
Christophe de Beaumont, se faisant l'interprète d'un grand nombre de ses collègues, se rendit à Choisy, le 10 septembre, avec l'archevêque de Narbonne et les cardinaux de Soubise et de la Rochefoucauld, pour exposer au roi la situation déplorable qui leur était créée par une loi de silence dont les pires ennemis de la religion étaient seuls à tirer profit.
Louis XV, s'il faut en croire un chroniqueur anonyme, \ accueillit plus que froidement la députation du haut clergé *. « J'ai tout terminé, aurait-il répondu, je ne veux plus entendre parler de cette affaire ; soyez tranquilles, je veux être obéi. » Il se serait même retourné avec humeur du côté de Beaumont, en disant : « Et vous. Monsieur l'archevêque, soyez plus circonspect; c'est le meilleur conseil que je puisse vous donner ^. » — On connaît la réplique célèbre du prélat : « Ma conscience ne me permet aucun accommodement. »
Luynes se contente d'insinuer que les évêques remirent un mémoire au roi, qui leur promit de donner plus tard une réponse. Ce qui est certain, c'est que les meil-
1 « Le roi les rabroua d'importance, » au dire de d'Argenson, t. VIII, p. 354, ^ Archives nationales (K. 608, n© 68).
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leurs esprits ne cessaient de gémir en voyant l'autorité royale déserter son ancienne ligne de conduite — pleine sans doute d'indécision et de mollesse, mais qui respectait encore les droits de Tautorité religieuse — pour se faire, en quelque sorte, complice des équipées du Parlement.
€ Nous sommes tous consternés de l'état où se trouve l'Église de France, écrivait le saint évêque d'Amiens; vous devez redoubler vos prières pour nous obtenir le courage de la soutenir contre ses ennemis. Je crains plus la prévarication des ministres inférieurs que l'abattement des évêques, quoique, entre nous, il en est plusieurs d'entre eux qui voulant jouir de la paix se donneront peu de mouvement, ne s'embarrassant nullement de remédier aux maux, quand il pourra y avoir quelque chose à craindre pour eux ^ »
Beaumont, on le sait, n'appartenait point à la famille des trembleurs. Voltaire le dépeint quelque part comme « un homme opiniâtre, faisant le mal de tout son cœur par excès de zèle, un fou sérieux, un vrai saint dans le goût de Thomas de Cantorbéry ^. » Cette caricature, qui veut être méchante, ne laisse pas de donner une idée du portrait. Aussi bien l'occasion allait se présenter, presque aussitôt, de mettre en relief ce qu'il y avait d'intrépidité réelle dans l'âme du vaillant prélat.
Le Parlement, qui lui cherchait noise, se jugeant autorisé par la fameuse déclaration à faire le procès aux prêtres réfractaires, se hâta, dès le 26 novembre, d'in-
^ Lettre de Mgr de la Motte à Dom Léon, religieux de la Trappe de Séez. le 27 septembre 1754 {Archives de Saint- Acheul). ^ OEuvrei complétée (édit. de 1825), t. II, p. 99.