LA DEMOISELLE LALLEMAND
strumenter de nouveau contre ceux qui, sous un prétexte do jansénisme, refusaient d'administrer les sacrements. C'était ressusciter la vieille querelle des billets de confession.
Sur ces entrefaites, Tabbé Meurizet, prêtre attaché à l'église Saint-Etienne du Mont, requis de porter le Viatique à une ancienne convulsionnaire ^. se voyait décrété de prise de corps, pour avoir refusé de contrevenir aux ordonnances de l'archevêque. En l'absence du curé de la paroisse, les vicaires se couvrent de l'autorité du même nom et subissent la même peine. La magistrature en réfère alors au prélat qu'elle ose bien accuser de fomenter un schisme que le roi veut éteindre. Beaumont se contente de dire au secrétaire que la Cour lui a député : « L'affaire présente étant de même nature que celle du 13 décembre 17o2, je persiste dans la réponse que je fis à cette époque. Je n y puis rien changer. Aussi bien ne suis-je comptable qu'à Dieu du pouvoir qui m'a été confié. J'ajoute que les prêtres qui ont refusé les sacremenfs à la demoiselle Lallemand ont agi par mes ordres et suivi les lumières de leur conscience. »
Malheureusement, comme on l'a dit, cette réponse visait le roi autant que le Parlement. Celui-ci ne demandait qu'à sévir; mais, après de longs débats dans lesquels furent ouverts plusieurs avis violents , les magistrats convinrent d'envoyer à Versailles le premier président, chargé de dénoncer au monarque la désobéissance flagrante du prélat. Louis XV, flatté de cet acte de condescendance pour son autorité, répondit par
^ C'était uDe domoiselUe LallemaDd, « fille de boutique, liugère, ù l'enseiguo des Rats, place Maubert. » (Barbier, t. VI, p. 83.)
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une lettre de cachet qui exilait Christophe de Beaumont à sa maison de Conflans, près Paris.
Expédiée par le comte d'Argenson, cette lettre, datée du 3 décembre, contenait simplement injonction de se rendre au lieu d'exil pour y demeurer jusqu'à nouvel ordre. Le roi, en la signant , avait ajouté de sa main cette sèche apostille - « Il partira ce soir ou demain mâtiné — Vous pouvez assurer Sa Majesté, répondit avec dignité le prélat au courrier du ministre, que je serai ce soir même à Conflans vers onze heures. »
La réponse officielle que Louis XV transmit à Maupeou ne laissait aucun doute sur le déplaisir qu'il avait ressenti de se voir contrecarré dans sa politique de mezzO'termine et de bascule.
« J'ai marqué mon mécontentement à l'archevêque de Paris en le punissant de manière à faire connaître la ferme résolution où je suis de maintenir la paix dans mon royaume et l'exécution de ma dernière déclaration du 2 septembre dernier; ainsi, je compte que mon Parlement n'ira pas plus loin contre lui. Au surplus, le respect de mon Parlement pour mes volontés me répond qu'en procédant contre ceux qui ont contrevenu à ma déclaration ou qui oseraient y contrevenir dans la suite , il en usera avec la plus grande circonspection relativement aux choses spirituelles.
« Je vous charge de lui faire connaître mes intentions, et j'attends de son zèle, pour le véritable bien de mon État, qu'il s'y conformera. »
* Le genevois Sismondi ne peut se défendre, à ce sujet, d'une réflexion piquante : « Le Parlement, qui avait fait des remontrances contre les lettres de cachet, coucha sans scrupule sur ses registres celle qui châtiait le premier prélat du royaume. » [Histoire des Français, t. XXIX, p. 98.)