UNE ADMONESTATION ROYALE
On a prétendu qu'en éloignant Christophe de Beaumont, Louis XV, par égard pour la reine, le dauphin et les autres membres de sa famille dévoués à Tarchevêque, n'avait voulu que le soustraire aux poursuites taquines du Parlement ^ D'après Luynes, « les gens bien intentionnés, » déjà surpris de cet exil inattendu, furent plus étonnés encore des mots que nous avons soulignés tout à l'heure dans le texte de l'admonestation royale. Il croit savoir qu'on avait apporté à ce prince deux formules écrites , dans l'une desquelles ne se trouvait point cette expression : en le punissant. Les deux papiers seraient restés sur la table, et le roi , ayant averti Maupeou qu'il pouvait emporter la réponse, le premier président aurait pris le papier qui renfermait les deux mots particulièrement fâcheux. Quand Louis XV, a\âsé de sa méprise, dépêcha vers le procureur général pour retirer la feuille , cette pièce malencontreuse était déjà enregistrée ^.
Signalons néanmoins, pour ne rien omettre, une version diamétralement opposée. Au dire d' Argenson , dans un comité tenu chez la marquise de Pompadour ,
1 Je trouve, dans les Nouvellen à la main, une anecdote curieuse qui montre bien qu'on n'était pas dupe à l'étranger de ces interprétations de la conduite de Louis XV.
Le grand-duc de Russie qui, sous le nom de comte du Nord, voyageait eu France peu de mois après la mort de Beaumont, dit un jour à l'abbé de la Fage qui lui montrait le trésor de Notre-Dame de Paris : « Il n'y a pas longtemps, ce me semble, que M. de Juigné est sur le siège de la capitale; son prédécesseur avait été bien tribulé. — Mon prince , répond l'interlocuteur embarrassé, il a eu quelques tracasseries avec les magistrats. — Je ne parle pas de cela simplement : il a été tribulé par le roi même, par son maître. — Mon prince, Louis XV l'aimait, et s'il l'a exilé, ce n'a été que pour le soustraire aux persécutions du Parlement. » — A ces mots, le comte haussa les épaules et fit un signe de pitié qui marquait son peu de vénéralion pour un pareil souverain. — {Ba^ihaumont, t. Xx, p. 310.)
* Cf. V Extraordinaire de Luynes, t. XIII, p. 449.