PREMIERE EDUCATION
le vingt et neuf du même mois de juillet et an susd. par ordre de Monseigneur de Sarlat. Son parrain a été Christophle de Lostange DE Sainte- Al vÈRE, et la marraine Anne de Beau mon dame du Eooé. Les témoins du baptême ont signé avec moy.
De Lostânoes de Saintb-âlvère. A. db Beâumont du Rogé. Anne de Forcloix de Sainte- Al vère.
Lacoste, vicaire de Meyrals.
L'enfant de la nature venait de naître à la grâce. Le rôle de la mère chrétienne commençait.
Un éminent penseur a parlé de ce rôle maternel entrant dans le labeur de la première éducation : c'est avec une sorte de tristesse anxieuse qu'il envisage l'avenir de tout enfant dont l'être moral n'a pas été formé sur les genoux d'une pareille institutrice. « Rien, dit-il, ne peut remplacer cette éducation. Si la mère surtout s'est fait un devoir d'imprimer profondément sur le front de son fils le caractère divin, on peut être à peu près sûr que la main du vice ne l'effacera jamais. Le jeune homme pourra s'écarter sans doute, mais il décrira, si vous voulez me permettre cette expression, une courbe rentrante qui le ramènera au point dont il était partie »
La jeunesse de Christophe de Beâumont n'eut même pas à décrire cette « courbe, » par la raison que l'irréprochable honnêteté de sa vie entière n'a jamais laissé soupçonner le plus léger écart « La pudeur, aurait dit Bossuet, était née avec lui^. » Nous en avons poi:^* garant le témoignage de ceux qui le connurent durant les années critiques de l'adolescence, alors que la né-
ï Soirées de Saint-Pétersbourg, parJ. deMaistre(3e enlrelien). * Oraison funèbre de Nicolas Cornet.
8 ' MŒURS DE l'enfant.
cessité de chercher de nouveaux msdtres Texposait, loin du foyer protecteur, aux périlleux hasards des grandes villes. € Il avait le visage d'un ange, a dit l'un d'eux, il en avait surtout les mœurs ^ » C'était appliquer au futur Athanase l'éloge que Grégoire de Nazianze avait fait d' Athanase enfant : VuUu angélicus, animo magis angelicus *.
Un témoignage, plus significatif peut-être, assurément plus inattendu, nous est fourni par ceux-là mêmes qui furent dans la suite les adversaires déclarés de sa personne, les détracteurs constants de ses intentions et de ses œuvres. J'ai nommé la secte janséniste dont le journal haineux, les Nouvelles ecclésiastiques, ne cessait de jeter l'outrage et le mensonge aux mémoires les plus vénérées ^. Non seulement ces hommes de la calomnie n'osèrent jamais entamer une réputation de vertu qui s'imposait d'elle-même au respect de tous, mais que de fois, dans leur feuille Clandestine, se sont-ils vus contraints à lui rendre, malgré eux, d'irrésistibles hommages I
Non que le jeune Christophe eût apporté en naissant une de ces natures privilégiées qui semblent aller au bien par toutes les pentes. Un mélange de fierté rebelle et de turbulente vivacité menaçait, au contraire, de favoriser chez lui cette végétation d'instincts abaissés et de
^ Éloge de Mgr de' Beaumont, par Ferlet. ' ' 'A77{>ixo$ ro iXèoi, â'/'/eAixo^repo; rr,v Siâvoiav {in laudem Athanasii oratio XXI.)
' Les Nouvelles ecclésiastiques forment une collection commencée en mars 1713 et se terminant avec Tannée 1793. Celte publication, insaisissable à la police, fut, au xviiie siècle, la grande machine de guerre du parti janséniste. On peut voir, dans les Mémoires du temps, de quel mystère les rédaceurs réussissaient à s'entourer. (Journal de Barbier, t. II, p. 211.)