‹ Christophe de BeaumontChapitre 228 sur 368 · PAROISSES EN SOUFFRANCE · texte numérisé non relu

PAROISSES EN SOUFFRANCE

la simple majorité des évêques* Mais les contradictions ne coûtent rien aux hommes de parti, et le gallicanisme « parlementaire n'am'a jamais cessé d'être ce qu'il est en réalité : une main mise de TÉtat sur l'Église.

Cependant plusieurs paroisses de Paris restaient en souffrance, faute d'un nombre suffisant de prêtres fidèles pour les desservir. On citait notamment celle de Sainte-Marguerite, d'où la plupart s'étaient enfuis pour échapper aux poursuites tracassières des magistrats. Les fêtes de Pâques approchaient, et l'archevêque, justement soucieux de cette disette d'ouvriers, avait secrètement écrit au roi pour demander qu'il lui fût permis de quitter Conflans et d'aller administrer en personne la paroisse sans pasteur. Le roi s'y refusa, et Beaumont n'eut d'autre ressource que de recourir à des prêtres étrangers, qu'il se chargea de défrayer jusqu'à de meilleurs jours ^

Au milieu de ce désarroi, le mal empirait d'autant plus que € le premier venu, en feignant une maladie pour réclamer le Viatique, pouvait placer son curé dans l'alternative des censures épiscopales ou des galères perpétuelles ^ , » état de choses déplorable, qui faisait

I Les bonnes nouvelles qui lui vinrent de la banlieue et des autres parties du diocèse le fortifièrent un peu au milieu de ces épreuves. Le Journal chrétien de 1756 cite notamment (t. III, p. 315) une lettre de Villejuif qui renferme, à Tadresse de l'archevêque, les détails les plus consolants sur la mission que les Jésuites y donnaient par son ordre ; mission ;à laquelle les curés voisins s^étaient empressés de faire participer leurs paroisses de Vitry? Ivry, Lay, Chérilly, Gentilly et Ârcueil.

II est à remarquer que les missionnaires, pour assurer le fruit de leurs travaux, établirent, avec l'assentiment du pieux prélat, deux sortes d'œuvres restées de nos jours en grand honneur : une organisation de bibliothèque paroissiale, et une association pour l'adoration perpétuelle du Saint- Sacrement.

* La Monarchie française au dix-huitième siècle^ par le comte de Carné, p. 436.

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dire au marquis de Mirabeau : « Los divisions entre le clergé et les cours souveraines s*animont par les sots moyens qu'on croit propres à les assoupir ^ »

C'était le temps où venait d'entrer sur la scène politique un homme que ses antécédents ne semblaient pas avoir préparé au rôle principal qu'il allait jouer. Son élévation fut rapide et sa fortune éclatante : sa disgrâce sera prompte et sa chute sans retour.

Nous parlons de l'abbé de Bernis. Il avait alors plus de quarante ans et n'était pas encore prêtre 2. Déjà néanmoins en grande faveur auprès du roi, bientôt appelé à prendre place dans son conseil , le sous-diacre diplomate s'était promis de mettre, au plus tôt, un terme à ce fatal conflit de la magistrature et des évoques. Il se flattait. La souplesse d'une nature pleine de finesse et l'élégance d'un savoir-vivre aimable ne trouveront pas à entamer un caractère tout de conscience, comme celui de Beaumont.

Bernis, qui rend aux vertus de l'archevêque de Paris autant de justice qu'il en refuse à ses lumières ^, oublie que dans ce courant de médiocrité générale où ils vivaient tous deux , « le talent ne brillait pas plus que

1 Le» Mirabeau, par Louis de Loménîe, f. II, p. 358.

^ Cest ce qu'oublient encore les écrivains de nos jours qui imputent au prêtre^ chez fiernis, les frivolités de ses poésies de première jeunesse. Quant à la question môme des ordres sacrés, elle est tranchée par cette dépêche du 12 avril 1755, au ministre des affaires étrangères^ Bouille : « Après de mûres réflexions, Monsieur, j'ai formé la résolution de m'engager dans l'état ecclésiastique. J'ai reçu des lettres dimissoires do mon évèque diocésain pour prendre le sous-diaconat. J'entre demain en retraite pour huit jours ; c'est le patriarche de Venise qui doit me conférer les ordres. » — En 1756, Bernis n'était donc sous-diacre que depuis un an à peine.

' « M. de Beaumont, chéri à Vienne, adoré à Bayonne, fait pour occuper ces deux places et non pour remplir un siège de l'importance de celui de Paris. » (Mémoires de Bernis, t. I, p. 140.)

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