LE PRÔNE DE CONFLANS
dans le groupe des discoureurs les détails les plus précis, car nombre de bourgeois des villas environnantes ont apporté leur témoignage de visu. Que se passe- t-ii donc à Gonflans ? On ne tarde pas à l'apprendre.
Le dimanche 19 septembre, Christophe de Beaumont est entré dans l'église paroissiale attenante au château, pour présider à l'office du matin. Après le chant de l'Évangile, il se retourne sur les degrés de l'autel, publie lui-même les bans de mariage et les annonces ordinaires du prône \ puis il monte en chaire, tout pénétré des paroles de saint Gyprien qu'il a méditées trois jours auparavant pour la fête de ce grand martyr : « Si nous en sommes réduits à redouter l'audace des pervers et à soufifrir que leur hardiesse et leur désespoir nous arrachent ce que l'équité et le droit leur refusent , c'en est fait de l'énergie épiscopale 2. »
L'archevêque est visiblement ému. Son âme généreuse n'a voulu compromettre ni le curé de Gonflans, ni tel autre de ses prêtres , et il tient à courir seul les risques de l'acte de vigueur qu'il est venu accomplir. Après quelques paroles fort touchantes adressées à l'auditoire, très nombreux ce jour-là, Beaumont commence d'une voix ferme la lecture de cette Instruction magistrale qu'on n'a pas craint d'appeler « un véritable chef-d'œuvre digne de Bossuet ^. » L'éloge pourra sem-
^ Le tout à la grande surprise du malheureux bedeau, qui se trouve fort empêché quand Parchevéque lui fait signe de le conduire à la chaire. (Cf. Luynes, t. XV, p. 239.)
' « Quod si ita res est, frater carissime, ut nequissimorum timeatur audacia, et quod mali jure atque œquitate non possunt, temeritate ac desperatione perflciant, actum est de episcopatus vigore. » {Epist, xii. S, Cypriani ad S. Cornelium papcCm. — Patrologie de Migne, t. III, col. 798.)
* Il plaît à la gazette janséniste de dire que l'archevêque avait fait sa lecture « d^un air un peu décontenancé ; qu'il avait changé de couleur ; que sa