‹ Christophe de BeaumontChapitre 231 sur 368 · MANDEMENT DE BEAUMONT · texte numérisé non relu

MANDEMENT DE BEAUMONT

bler un peu vif, bien qu'il s'agisse de l'un des écrits du vénérable prélat qui ont eu le privilège d'émouvoir, au plus haut degré, l'opinion publique de son temps.

La gravité de ce document vaut du moins que nous donnions ici de larges extraits du préambule, non seulement parce qu'il éclaire de son vrai jour la conduite d'un évèque tant calomnié, mais encore et surtout parce qu'il nous paraît admirablement répondre à certaines difficultés courantes, qui sont de tous les temps :

« L'Église ne peut ni varier dans sa doctrine, ni être dépouillée de l'autorité spirituelle dont le Seigneur l'a revêtue. La séduction des esprits, les intérêts politiques, l'inconstance des opinions humaines , le spécieux prétexte de maintenir la tranquillité publique , ne feront jamais illusion à cette sainte Épouse de Jésus-Christ. Les humiliations, les bannissements , les supplices , la mort même de ses ministres n'ébranlent jamais son courage. Toujours elle saura conserver le dépôt des vérités étemelles et maintenir l'autorité sacrée qu'elle a reçue de son divin Époux.

« En vain l'a-t-on menacée , dans les deux derniers siècles, de lui enlever les plus belles contrées de l'Europe, si elle ne consentait pas à modifier quelques-uns de ses dogmes et de ses principes ; si, en faveur de ce qu'on appelait alors , comme aujourd'hui, le bien de la paix, elle ne se relâchait pas sur quelques articles qu'on prétendait n'être pas absolument essentiels ; elle a mieux aimé, cette sainte Église toujours sans tache , posséder un troupeau moins nombreux, mais plus

voix était tremblante, et qu'en sortant de la chaire (où Ton croit que de sa vie il n'était monté) sa démarche était encore plus tremblante que n'avait été sa voix. » {Nowo, eccL de 1756, p. 185.)

LES DROITS DE l'ÉGLISE. 319

fidèle, que de donner , par des accommodements pernicieux , l'atteinte la plus légère aux droits de sa foi et de son ministère.

« Ne soyez donc pas surpris . M. T. G. F., que nous soutenions ces droits avec tout le zèle et toute la fermeté dont le caractère épiscopal nous impose la loi ; qUe nous ne cédions pas à la tempête qui s'est élevée crontre nous ; que les contradictions , multipliées sans nombre et sans mesure, n'altèrent ni notre tranquillité ni nos sentiments.

« Appelé par la Providence au gouvernement de ce diocèse, nous nous sommes trouvé dans Tobligation indispensable d*y maintenir ou d'y rétablir, autant qu'il serait en nous, l'unité et la pureté de la foi. Nous avons senti combien il était important de choisir pour le saint ministère des hommes assez vigilants et assez charitables pour procurer tous les secours du salut aux âmes qui leur seraient confiées, mais assez fermes et assez indépendants de toutes considérations humaines, pour refuser les choses saintes aux pécheurs dont l'indignité serait certaine, publique et persévérante... >

Après avoir marqué d'un trait vigoureux les diverses entreprises des tribunaux séculiers, tant sur la doctrine orthodoxe que sur l'administration des sacrements , la liberté des écoles de théologie et le gouvernement des communautés religieuses, l'archevêque poursuit ;

« Témoin de ces nouveautés affligeantes, nous avons été patient, M. G. F. L'amour de la paix , la crainte d'aigrir les esprits, l'espérance de voir des jours plus sereins , la qualité de pasteur des âmes , l'obligation qu'elle impose d'épuiser toutes les ressK^urces de la douceur, de la modération, de la condescendance, tels sont

320 MAUX qu'elle ENDURE.

les motifs qui, de notre part , ont suspendu les effets d'un zèle justement alarmé : nous avons cru que ces raisons devaient nous déterminer à suivre les conseils du Sage, qui veut qu'on se taise en certaines circonstances ; mais peut-être nous sommes-nous flatté nousmème sur cet important objet : peut-être nous sera-t-il reproché, au jour du Seigneur, de n'avoir pas élevé la voix assez tôt; peut-être notre réserve aura-t-elle scandalisé les faibles et fait croire à plusieurs d'entre eux qu'il n'y avait plus de loi dans la boucfèe du p^^être, plus de conseil à espérer de la part des anciens. Ah ! M. G. F., Jésus-Christ sera le juge de notre conduite; et à la vue de l'Église désolée, du sanctuaire profané , des sacrements mis au pouvoir des tribunaux séculiers, des décisions dogmatiques méprisées, d,es prêtres du Seigneur bannis, emprisonnés, traités avec ignominie, des jeunes ecclésiastiques privés du lait de la science; nous tremblons sur le silence quç nous avons gardé , malgré tant d'occasions de jeter des cris aigus dans la cité sainte; nous craignons que cet œil étemel, à qui rien n'échappe, ne découvre en nous une patience timide , un défaut de zèle, une condescendance excessive.

« Mais enfin, M. G. F., si l'espérance d'un plus grand bien ou la crainte d'un plus grand mal a pu jusqu'ici nous retenir dans le silence, ces conditions ne peuvent avoir lieu désormais. Les magistrats des tribunaux séculiers portent sans cesse de nouveaux coups à l'autorité de l'Église ; ils s'empressent d'usurper successivement toutes les parties du gouvernement spirituel... »

Le prélat touche ici un fait particulier, fort grave, sur lequel nous aurons à nous expliquer nous-même plus tard, à cause de la discussion retentissante qui

Page 1