‹ Christophe de BeaumontChapitre 236 sur 368 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Mesures prises contre Tlnslruction pastorale du 19 septembre. — Adhésion . de l'épiscopat au mandement de Beaumont. — Exil des évêques de Saint- Pons et d'Auxerre. — Intervention énergique de l'évêque d'Amiens. — La lettre pastorale du 19 septembre brûlée en place de Grève. — Beaumont proteste dans un nouveau mandement du 7 novembre. — V Union des classes et le lit de justice. — Émoi causé par les démissions en masse dans la magistrature.

Le Parlement de Paris prenait ses vacances, lorsque Beaumont avait lu, du haut de la chaire, sa lettre pastorale du 19 septembre. Or, tandis que les bons paysans de Conflans écoutaient religieusement la parole de leur archevêque, le journal janséniste nous apprend que maint bourgeois de la capitale, qui prenait des notes au milieu de l'auditoire, s'était hâté, en rentrant dans sa maison de campagne, de jeter sur le papier les passages qu'il avait pu retenir ^ De là ces copies, plus ou moins fidèles, circulant dans le public dès le premier jour, lesquelles déterminèrent « un de Messieurs » à porter l'incident devant la Ihambre des locations.

Le 24 septembre, cette chambre subalterne, heureuse d'avoir à déployer du zèle de commande, fit

i Cf. Notivelles de 1756, p. 185.

328 NOUVEAUX BRUITS d'eXIL.

défendre à tout prêtre de publier ladite Instruction et à tout imprimeur de la mettre en pages, sous les menaces corporelles les plus sévères. Il était pareillement enjoint au procureur général du roi de notifier, sans retard, la présente interdiction à tous les curés de Paris et à celui de Gonflans, avec ordre de la faire parvenir aux autres curés du diocèse, dans le courant de la semaine suivante.

Les copies du mandement, colportées sous le manteau, ne s* en répandirent pas moins en très grand nombre, jusqu'au jour où l'archevêque, après en avoir fait passer une à tous les prélats du royaume, réussit à la faire imprimer clandestinement ^ Il avait eu soin, le matin même du 19 septembre, de mander son neveu de Lostanges auprès du roi pour lui remettre en mains propres un des exemplaires manuscrits. Louis XV répondit qu'il s'expliquerait par le cardinal de La Rochefoucauld.

Cette réponse évasive, qu'on disait très sèche, avait suffi pour mettre en campagne les esprits aventureux, et c'était à qui donnerait des nouvelles, réputées authentiques, de l'exil du prélat ou de son internement. Les uns l'enfermaient à la Bastille, d'autres le reléguaient à Montbrison ou même l'expédiaient jusqu'à Sainte-Marguerite, l'une des îles de Lérins. « Mais il n'était rien de tout cela, écrit Barbier; l'archevêque est resté à Gonflans, quoique ce soit véritablement le coup le plus fort qu'il ait fait ou qu'il puisse faire 2. » — La

ï « Los Jésuites el leurs congréganistes on font la dislribulion, » disaient les anticonstilutionnaires dépités. (le Péché imaginaire, post-scriptum de la 2« lettre, p. 35.)

* Journal, t. VI, p. 371.

Page 1