‹ Christophe de BeaumontChapitre 243 sur 368 · SON INTERVENTION AU DBBAT · texte numérisé non relu

SON INTERVENTION AU DBBAT

« Nous étions sur le point de vous donner une Instructien particulière qui démontrât ce que nous venons d'annoncer, quand celle de M, l'Archevêque de Paris est parvenue jusqu'à nous. Nous l'avons lue avec toute l'attention que demande l'importance du sujet; et y ayant reconnu la doctrine de l'Kglise universelle, enseignée avec autant de clarté que de modération et de sagesse, nous avons cru pouvoir nous épargner un travail qui n'eût abouti qu'à dire la même chose pour le fond , persuadé que nous nous rendrons encore plus utile en y adhérant et en l'adoptant, pour vous la communiquer avec autorité, que si nous vous en présentions une qui nous fût propre. »

Suit littéralement le dispositif de Christophe de Beaumont. — « On fut édifié, remarque l'historien de M. de la Motte , mais avec inquiétude , tant l'on n'entendait parler que de prélats exilés et de prêtres persécutés. » C'était, en effet, un acte de courage que l'évêque venait d'accomplir, et ce courage même- pouvait être compté par quelques-uns pour une provocation. Aussi la feuille Janséniste se garde-t-elle de laisser échapper l'occasion de faire appel au bras séculier. « Il y a, dit- elle, à Paris, un Châtelet qui connaît ses devoirs et qui ne les néglige point'. »

En attendant qu'un tribunal si vigilant livre à la torche du bourreau le mandement épiscopal, les magistrats d'Amiens trouvent urgent de le supprimer sur place. Loin de se tenir pom» battu, La Motte remonte en chaire, le dimanche suivant, afin d'ôter à la condamnation tout caractère de scandale. Il dit « qu'à l'exemple

' NoueeUea de nr>6, p. 210.

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des pasteurs affligés, il venait chercher sa consolation auprès de son troupeau, avec d'autant plus de raison que les magistrats qui l'avaient flétri étant dignes de respect par l'autorité dont ils étaient investis, on pourrait penser qu'ils n'avaient pas excédé , à son égard, les bornes de celte autorité ; mais qu'il se croyait obligé de prémunir les fidèles contre cette erreur, en entrant* de nouveau dans l'exposé des preuves qui établissent les droits des deux puissances et font ressortir l'incompétence des tribunaux laïques en matière de sacrements. »

Jamais peut-être sa parole n'avait trouvé tant de force ni sa conviction tant de liberté et d'indépendance. « On m'exilera, s'écrie-t-il sous forme d'objection ; eh bien , si l'on m'exile, je n'irai pas, comme Quesnel , chercher un refuge en Hollande; car ce n'est que là qu'il a trouvé un asile, c'est de là qu'il a prétendu instruire et réformer l'Église. Où irai-je donc? J'irai me jeter aux pieds du Saint-Père, j'irai par tout pays catholique où la cause même de mon exil me fera recevoir comme défenseur des droits les plus sacrés ; mais, encore une fois, je n'irai pas en Hollande ^ »

Ce n'est pourtant pas faute de volonté, si le Parlement s'abstint de prononcer contre la Motte ime peine de bannissement. Le roi s'y opposa d'une façon très nette et déc^^ra qu'on ne toucherait en aucune sorte à son « saint évêque d'Amiens ». Celui-ci n'en fut que plus

1 Histoire de M. de la Moite j par Tabbé Dolgovo, p. 368. — « Je prêchai, Don pas fort bien, mais bien fort, à uu auditoire extraordinaire; j'eus la consolatiou d'être entendu, et, je puis vous le dire, d'être écouté avec plaisir. A Dieu seul en soit la gloire. » (Lettre du 13 décembre, à D. Malachie. — Arch. de Saint-Acheul.)

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