MANDEMENT CONDAMNÉ AU FEU
humilié, s'imaginant qu'on l'épargnait « par mépris » autant que « par pitié » pour sa vieillesse.
€ Je croyais, écrivait-il à une pieuse dame, que mon adhésion me procurerait un exil qui m'eût mis dans l'heureuse nécessité de travailler à mon salut beaucoup mieux que je ne fais, mais je n'ai pas mérité cette consolation. Le bon Dieu veut que je le fasse dans l'amertume; il faut se soumettre et adorer ses jugements qui sont terribles sur ce pauvre royaume*. »
Ajoutons que Mgr d'Amiens présidant, l'année suivante, la retraite ecclésiastique de son diocèse, fit lire de nouveau, pendant le repas, l'Instruction pastorale de l'archevêque de Paris, avec lequel il entretint dès lors une correspondance plus intime et plus suivie que jamais. Nous ne tarderons pas à signaler, entre autres, la belle lettre qu'il écrivit à Louis XV pour se constituer le défenseur du vénérable exilé.
Pendant que de chauds amis l'appuyaient ainsi de leurs sympathies éprouvées, Christophe de Beaumont ne s'endormait pas sur la brèche. Inutile de dire que son mandement avait eu, avant tous autres, l'honneur d'être lacéré et brûlé en place de Grève, comme renfermant « des assertions dangereuses, des conséquences fausses et des propositions attentatoires à l'autorité du roi sur ses sujets ».
Le fait s'était passé le vendredi 5 novembre, ^ers les onze heures du matin, au milieu d'une cohue de curieux qu'attirait surtout l'appareil insolite de l'exécution 2. L'avocat Barbier, qui n'entend pas raillerie dans
1 Histoire de if. de la Molte^ p. 368.
* « La Grève était presque aussi pleine de monde que lorsqu'il y a des feux d'artifice. » (Péché imaginaire^ 5« lettre, note finale.)
BEAtJMONT EN PUBLIE UN AUTRE. 339
les questions de basoche, trouve bien que le Châtelet tranche un peu du maître en décidant aussi vite, et de plein droit, dans une matière de cette importance. « C'est afTaire très grave », objecte- 1- il, d'autant que la Chambre des Vacations avait remis de délibérer sur le mandement après la Saint-Martin, se bornant, par provision, à faire défense de le publier.
Cependant, le premier président Maupeou se transporte à Versailles, pour conférer avec le roi sur le genre de punition qu'il convient d'infliger à un archevêque coupable de leur donner tant de mal. Celui-ci, justement blessé des procédés odieux de ces juges subalternes, lance, le 7 novembre, un mandement nouveau qu'il veut lire encore lui-même du haut de la chaire de Conflans, car on ne cessait plus d'y venir, chaque dimanche, pour assister à ses prônes ^
Dans cette lettre pastorale, assez courte, Christophe de Beaumont, après avoir rappelé qu'il n'avait fait que suivre les principes des Pères de l'Eglise et les règles reconnues par les déclarations raêmes du roi^ se plaignait en ces termes des avanies dont il était victime :
On ne se contente pas de charger notre Instruction d'imputations fausses et infamantes; on la condamne au feu, traitement qui devrait être réservé pourdes écrits impies et licencieux, et non pour l'ouvrage d'un archevêque qui a des droits sur le respect et sur l'obéissance des brebis commises à sa garde. Nous bénissons Dieu d'avoir été jugé digne de souffrir les affronts et les ignominies pour la gloire de son nom.
Nous ne pouvons néanmoins nous dispenser de faire une question : Qui sont donc ceux qu'on entend prononcer sur les matières
1 Cf. Mémoires (VArgenson, l. IX, p. 341.