UNE MALLE DE JESUITE
giens, le P. PalouilletS qui est aussitôt banni de la capitale et contraint de se retirer à Amiens d'abord, puis à Uzès et Avignon. Pour surcroît de mésaventure, la malle du bon jésuite est volée en route. Les escrocs, gens avisés autant qu'experts, ont empoché l'argent et se sont partagé les nippes; quant aux manuscrits et à la correspondance, ils les abandonnent sans regret sur la lisière du chemin dans la valise éventrée. Le tout est aussitôt porté au bailliage de Glermont, en Beauvoisis mais les juges du lieu refusent de restituer la malle à son propriétaire, sous prétexte qu'ils ont à examiner le contenu.
Des « paperasses » de jésuite, comme dit le marquis d'Argenson, quelle aubaine pour un inquisiteur ennemi, surtout quand il se flatte d'avoir sous la main les arcanes du familier de l'archevêque ! Mais nos batteurs trouvèrent buisson creux, et force fut de se remettre à une autre piste.
Ce n'était là toutefois que de la petite guerre. Une lutte plus sérieuse se trouve engagée entre le roi et le Parlement de Paris, qui sembla oublier un moment ses griefs contre Christophe de Beaumont, pour se mettre lui-même en défense et serrer le réseau d'une ligue ourdie, sous le nom d'Union des classes y avec les autres parlements du royaume. Cette sorte de confédération permanente sentait la Fronde, On pouvait craindre pis.
1 Louis Patouillet, né à Dijon en 1699, mort en 1779 à Avignon, fut un des principaux rédacteurs du Supplément aux Nouvelles ecclésiastiques, que les Jésuites opposèrent à la gazette janséniste, et qui parut de 1734 à 1748 dans le même format que les Nouvelles. Cet estimable religieux, mis au service de Beaumont dans les querelles que ce prélat soutenait avec le Parlement, est, après son confrère Nonolte, l'homme qui a le plus longtemps subi les odieux sarcasmes de Voltaire.