UNE PAGE DE CE MÉMOIRE
miré de Beaumont lui-même. Diderot, doublure de Prades, s'adresse aux fervents du jansénisme :
« O cruels ennemis de Jésus-Christ, ne vous lasserez-vous point de troubler la paix de son Église if N'avez-vous aucune pitié de l'état où vous l'avez réduite? C'est vous qui avez encouragé les peuples à lever un œil curieux sur les objets devant lesquels ils se prosternaient avec humilité , à raisonner quand ils devaient croire . à discuter quand ils devaient adorer...
« Malgré l'atteinte que le protestant avait donnée aux choses saintes et à leurs ministres, il restait encore de la vénération pour les unes , du respect p'our les autres; mais vos déclamations contre les souverains pontifes, contre les évêques, contre tous les ordres de la hiérarchie ecclésiastique, ont presque achevé d^avilir cette puissance. Si l'impie foule aux pieds la tiare, les mitres et les crosses, c'est vous qui l'avez enhardi.
« Quelle pouvait être la fin de tant de libelles, de satires, de nouvelles scandaleuses, d'estampes outrageantes, de vaudevilles impies, de pièces où les mystères de la grâce et la matière des sacrements sont travestis en un langage burlesque, sinon de couvrir d'opprobre Dieu, le prêtre et l'autel, aux yeux mêmes de la plus vile populace? Malheureux, vous avez réussi au delà de votre espérance . Si le pape, les évêques, les prêtres, les religieux, les simples fidèles , toute l'Église, si ses mystères , ses sacrements, ses temples , ^ês cérémonies, toute la religion est descendue dans le mépris , c'est votre ouvrage ^ »
i Ce [)a3sago du V Apologie a été reproduit daas la Revue politique el littéraire du 28 juillet 1877, p. 83.
PllADES SE RETRACTE. 351)
Hàtons-nous de dire que, sa bile une fois soulagée, Fabbé de Prades, travaillé par le remords , ne songea plus qu'à se réconcilier franchement avec l'Église. Aussi quelle ne fut pas la joie de l'archevêque de Paris, quand, à la suite de plusieurs communications échangées de part et d'autre, il reçut de Postdam la lettre suivante, datée du 6 avril 1754 :
Monseigneur,
Je vous envoyé la rétractation que je vous avois annoncée dans la dernière lettre que j'ai eu l'honneur de vous écrire ; elle est conforme au modèle que le Pape n\'a fait remettre par le prince-évêque de Breslau , et absolument dans la même forme que celle que j'envoye à Sa Sainteté. Je vous prie, Monseigneur, d'être persuadé de la sincérité des sentiments qui y sont exprimés et du profond respect avec lequel j'ai l'honneur d'être, Monseigneur, de Votre Grandeur le très-humble et très-obéissant serviteur.
L'abbé de Prades.
L'acte de rétractation, aussi explicite que possible, se terminait par cette déclaration à la fois simple et touchante :
... En réparation du scandale que j'ai donné, je souscris de ma main le présent monument et gage de mon obéissance et de mon vrai repentir; je le rends public, et je souhaite ardemment qu'il parvienne à la connaissance de tous les fidèles de Jésus-Christ ; demandant uniquement, et avec beaucoup d'instance, au très-saint Père Benoît XIV qu'il imite la clémence de Celui dont il est le Vicaire, et qu'il me reçoive avec bonté, eu égard à la sincérité de mon retour. — Donné à Postdam, l'an 1754, le 6^ jour d'avril. — Jean-Martin de Prades, prêtre du diocèse de Montauban 4.
^ La rélraclation est reproduilo iti extenso duus la Gazelle de France du 13 juillet 1754.
BEAUMONT» I. *'«î