L^ESPRIT DES LOIS
et ses partisans ne rougirent plus de mettre leurs noms à la tête des productions les plus infâmes, et de « signer leur honte avec leurs blasphèmes. »
Or, tandis que tout bon catholique se réjouissait d'une rétractation qui permettait à Christophe de Beaumont d'insister auprès de la Sorbonne pour qu'elle réintégrât l'enfant prodigue dans ses titres et anciens droits, les fanatiques de la secte murmuraient hautement de cette réhabilitation, si complète et surtout si prompte K Ils étaient dans leur rôle et demeuraient fidèles aux traditions d'une école qui remonte jusqu'au pharisaïsme des premiers âges.
La mort de Montesquieu, survenue le 10 février suivant, allait raviver les récriminations aigres contre l'archevêque de Paris, qui s'était jadis interposé pour empêcher la condamnation de \ Esprit des lois. Une étude récente sur la vie et les ouvrages du célèbre écrivain a parfaitement mis en lumière oe point, resté assez obscur, de l'histoire ecclésiastique du xvni® siècle ^.
On savait déjà que, sollicité par Languet d'examiner ce livre, l'Assemblée générale du clergé s'était refusée à le frapper de ses censures. On savait aussi que la Sorbonne, grâce à l'influence de Beaumont, avait fini par abandonner le projet de condamnation qu'elle avait d'abord dressé.. Mais connaissait - on bien la curieuse
1 Nouvelles de 1754, p. 167. Cf. l'année 1755, p. 144.
* Histoire de Montesquieu, par Louis Vian. — Quel que soil le mérite do cet ouvrage, fruit d'une érudition sérieuse et de patients labeurs, noua n'entendons point souscrire à tous les jugements de l'auteur sur un écrÎTain pour lequel il montre, après tant d'autres, une indulgence qui nous paraît excessive. — Voir, pour des observations d'un autre genre, l'article si intéressant et si instructif que M. Tamizey de Larroque, un maître érudit, a public dans la Hevue critique du 20 avril 1878, p. 272.