‹ Christophe de BeaumontChapitre 258 sur 368 · ATTENTAT DE DAMIENS · texte numérisé non relu

ATTENTAT DE DAMIENS

mis de la Société jugeassent à propos d'exploiter la circonstance.

L'archevêque, retenu dans son exil de Goxiflans, ne pouvait accourir auprès du royal blessé ; mais il s'assura par lui-même que les secours religieux ne feraient point défaut. Le lendemain, il recevait du comte de Saint-Florentin, ministre secrétaire d'État, la lettre suivante, que je copie sur l'original :

A Versailles, le 6 janvier 1737.

Vous êtes déjà instruit, Monsieur, du malheur effroyable arrivé au Roy ; Sa Majesté a été saignée deux fois peu de temps après le coup qu'elle a reçu ; sa playe est très belle ; elle n'a aucun mouvement de fièvre ; elle est très tranquille et aurait même de la disposition au sommeil , si sa blessure n'était pas du côté droit, qui est celui sur lequel Sa» Majesté a coutume de se coucher. Malgré cette situation consolante, la piété de Sa Majesté la porte à désirer que vous ordonniez les prières des 40 heures de l'exposition du Saint- Sacrement, tant dans l'église métropolitaine que dans toutes les autres de Paris. Je vous supplie*, etc..

Le peuple de Paris répondit à l'appel de l'archevêque et les églises ne désemplirent point. « La consternation était générale, assure Barbier, et il y avait peu de personnes qui n'aient répandu des larmes... Les prêtres et les moines, suffoqués par la douleur, pouvaient à peine entonner le Salvum foc Regem; les assistants étaient de même^ »

Je sais que plus d'un historien s'étonne, au contraire, de l'indifférence dont le public aurait fait montre à

^ Celte lettre à été insérée dans les Registres capitulaires de Notre-Dame (Ârçhiv. nation., LL, 335*'.) * Journal j t. VI, p. 433.

LARGESSE AUX PAUVKES. 371

rétendue de cette désolation. Elle ressemblait à celle de la Cité sainte, l'objet des larmes de Jérémie... Jésus- Christ seul nous a consolés^. »

Le roi voulut que les indigents se ressentissent de la protection dont il se croyait redevable à Dieu, et l'archevêque fit lire, le 19 janvier, au prône de chaque paroisse, la lettre par laquelle le contrôleur général des finances l'annonçait aux divers curés^ de la ville. Elle était ainsi conçue :

Monsieur, le Roi vient de m'ordonner de faire remettre dans la semaine prochaine à MM. les Curez de la Ville et des fauxbourgs de Paris la somme de 300 mille livres pour être distribuée aux pauvres de leurs paroisses, Sa Majesté ne pouvant mieux s'assurer du bon emploi de ce secours, qu'en s'en rapportant à la répartition que vous en ferez entre vous proportionnément à l'étendue des paroisses et au nombre des pauvres qu'elles renferment. Je ne perds pas un moment à vous faire part de cette nouvelle preuve dé la piété du Roi et de sa tendresse pour ses peuples. Je dois vous ajouter que son intention est encore de faire distribuer, pendant le carême, du ris (sic) aux pauvres de vos paroisses. Je suis. Monsieur, votre, etc.. DeMoras*.

Cependant le procès de l'assassin était instruit avec ardeur, et, malgré des affirmations réitérées, les gens avaient du mal à croire que Damiens n'eût pas de complices.

On le connaissait pour un des assidus de la grand'salle du palais, lieu de réunion familier aux parlement

1 Mandement du 1©»* raars 1757.

* Pour ce qui concerne les diverses annonces que l'usage avait introduites dans le prône de la messe de paroisse, en un temps où les communications étaient difficiles et la publicité presque nulle, on lira avec intérêt le livre de M. Albert Babeau î Le village sous l'ancien régime, 2^ édit., p. 117.

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