UN DISCOURS DU P. DE NEUVILLE
pas longtemps dupes de ces mensonges qui ne réussirent, en définitive, à faire tort qu'à leurs auteurs. C'est le témoignage désintéressé d'un contemporain, que nul n'accusera, je pense, d'une tendresse extrême pour les religieux calomniés.
€ Cette affectation de la part des jansénistes (dans l'espérance que le scélérat ne découvrira pas de complices) de faire tomber le soupçon de l'attentat sur les Jésuites, qui ne disent mot et qui n'ont rien dit, marque la crainte qu'ils ont d'être eux-mêmes soupçonnés ^ »
i J'ai déjà cité los Lettres inédites de Robbé de Beauvoset, récemment publiées sur papier de luxe. Sans rien dire en ce moment do l^esprit qui a dicté ces pages du poète cynique^ je veux relever une assertion fausse que Téditeur accepte de confiance, puisqu'il cherche à l'appuyer d'une note personnelle. Robbé prétend que le P. de Neuville, prêchant devant Louis XV, le 2 février 1757, s'était permis à l'adressa du roi une sortie des plus vives, que les circonstances rendaient particulièrement inconvenante. « N'attendez pas, aurait dit le Jésuite, qu'un nouveau Nathan vienne vous sommer de faire cesser le scandale. »
Il suffit de lire le discours de l'orateur, pour voir que sa péroraison était consacrée, au contraire, à gémir sur l'attentat du 5 janvier et à faire Téloge du monarque. Le P. de Neuville, il est vrai, lui rappelle évangéliquement ses devoirs : « Plus vous avez reçu de Dieu, plus Dieu vous demandera, et los richesses de son amour, si elles ne vous trouvaient fidèle, se changeraient en trésors de colère. » Mais il prend soin d'ajouter : « Non, rien de pareil à craindre; le ciel ne sera point obligé d'envoyer un Nathan pour vous reprocher ses bienfaits oubliés et méconnus. » (Cf. Collection des Orateurs sacréSy publiée par Migne, t. LVII, col. 1138.)
On voit, après cela, ce qu'il faut penser de la « belle équipée » du Jésuite, de Pindignation qu'elle excita « parmi les profanes >, et du mécontentement manifesté par celui qui avait été « l'objet de son sacré courroux. > (Le Parlementy la Cour et la Ville^ pendant le procès de Damiens, p. 43.) — L'orateur, il faut le dire , acheva paisiblement la station, et le duc de Luynes enregistrait ces lignes, à la date du 11 avril : « Le compliment que fit hier le P. de Neuville a été fort touchant; il a dit que c'était la dernière fois qu'il montait en chaire et qu'il allait passer le reste de ses jours à faire des vœux pour le roi. » (Mémoires, t. XVI, p. 19.)
N'y aurait-il pas, dans la précédente imputation, une simple manœuvre de la secte, qui eût été bien aise de compromettre le prédicateur de la Cour, sous le prétexte que le P. de Neuville avait autrefois recommandé Damiens, sans le connaître assez, pour l'attacher au service de M. de la