LBS HOSPITALIÈRES DE LA MISÉRICORDE
Mais nous ne pouvons pas nous arrêter à ces détails de rhistoire générale, et il nous reste à dire ce que réservaient à Christophe de Beaumont les premiers jours de 1758.
Pour comprendre les proportions incroyables que va prendre une affaire qui parut des plus simples au début, il faut se rappeler combien l'archevêque de Paris avait à cœur d'extirper des communautés du diocèse le chancre du jansénisme. Son but avoué était de les fournir de supérieures vraiment soumises à l'Église de Jésus-Christ, et nous savons ce qu'avaient entraîné d'embarras, sur ce point, les réformes poursuivies à la Salpêtrière en 1751. Ce fut bien autre chose pour les Hospitalières du couvent de la Miséricorde, au faubourg Saint-Marceau *. L'histoire en serait curieuse : nous l'abrégerons le plus possible.
L'archevêque, persuadé que cette maison avait également besoin d'une réforme sérieuse, n'ignorait pas que le bruit public accusait la plupart des religieuses de s'y montrer réfractaires à la Constitution *. Dans la
bert, parlant du roi de Prusse : « Pour moi, comme Frauçais et comme philosophe, je ne puis m'aflliger de ses succès. > (Lettre du tt janvier 1758 à Voltaire.) — On aurait pu citer cet autre passage de Voltaire écrivant à Thierriot, du fond de sa confortable retraite des Délices : « Il ne fait pas bon à présent pour les Français dans les pays étrangers. On nous rit au nez comme si nous étions les aides de camp de M. de Soubise. Que faire ? Go n'est pas ma faute. Je suis un pauvre philosophe qui n'y prends ni n'y mets ; et cela ne m'empêchera pas de" passer mon hiver à Lausanne, dans une maison charmante, où il faudra bien que ceux qui se moquent de nous viennent diner. > (Lettre du 20 novembre 1757.)
1 Cet hôpital^ gouverné par des religieuses de TOrdre de Saint-Âugustin, comptait de quarante à cinquante lits. Louis XIV avait fait construire à ses frais une des salles.
' « Plusieurs d'entre elles, » se contente do dire Bernis. Mais un homme de la secte, au courant de tous les mystères, écrivait à cette époque : « Ces filles n'y sont pas dévoles (à la Bulle). Au moins, de trente religieuses qui
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pensée de Bemis, toute leur faute se réduisait à la lecture des livres de Port-Royal, à quelques propos dans leur intérieur qui étaient immédiatement rendus à M. l'archevêque , et à quelques visites de prêtres soupçonnés de jansénisme et de magistrats accusés de révolte à la bulle Unigenitus*.'
C'est une erreur. Beaumont avait de tout autres données pour asseoir son jugement très réfléchi. Il n'en patienta pas moins jusqu'aux élections régulières de 1756; mais alors, sa religion se trouvant suffisamment éclairée, il n'hésita plus à remplir ce qu'il considérait comme son devoir.
J'ai sous les yeux toute la correspondance échangée, du 30 mars au 23 juillet, entre l'archevêque de Paris et madame Louise de Saint-Pierre, supérieure des Hospitalières du faubouig Saint-Marceau*. Ce sont, d'une part, des instances pressantes pour obtenir de Beaumont qu'il permette à la communauté de recourir à des élections nouvelles; c'est, de l'autre, un refus persévérant et motivé, car le prélat entend présider en personne cette réunion capitulaire. Or, retenu de force à Conflans, il .veut, en attendant la fin de son exil, que toutes choses restent dans l'état.
Mais ce n'est pas l'affaire de ces filles opiniâtres , qui s'avisent, le i" mai , d'implorer « la compassion » de l'archevêque, sous prétexte que la ^mmunauté ne pourra recevoir ses rentes à l'Hôtel de Ville, si elle ne
'^cAe imaginaire, 3< lellre, p. 39.)
DOin de leligiou. Elle s'appelait, dans l£