‹ Christophe de BeaumontChapitre 275 sur 368 · CHARITÉ DU PRÉLAT · texte numérisé non relu

CHARITÉ DU PRÉLAT

parente. Il ne la quitta que pour retourner à son hôtellerie et reprendre, vers cinq heures du soir, la route de Texil K

« n faudrait avoir vécu de la vie factice d'un courtisan d'autrefois pour bien apprécier la rigueur du genre de supplice particulier à une classe sociale aujourd'hui disparue, qu'on appelait Yexil dans ses terres. C'était vraiment le brusque passage de l'existence au néant ^. » Si Beaumont avait été un prélat de cour , il aurait connu, comme d'autres , ces angoisses du favori tombé en disgrâce, et peut-être eût-il succombé lui aussi sous le poids du désœuvrement et de la solitude; mais nous savons que sa charité ne fut pas moins industrieuse que son zèle pour lui créer, jusque dans la région de l'oubli, les distractions les plus dignes d'alimenter un cœur d'évêque.

Des témoignages contemporains nous ont révélé, en effet, que son arrivée au pays natal fut pour la contrée entière un vrai coup de fortune ^, Sa porte n'y sera plus sans doute investie, comme à Paris, par la multitude des pauvres qui se pressaient dans l'antichambre les jours d'audience, sachant bien qu'ils ne rentreraient pas chez eux les mains vides ; mais, sans négliger ces indigents de la capitale et de la banlieue, qui continuaient à vivre du pain qu'on, leur distribuait de sa part, l'archevêque ne verra dans son bannissement qu'une occasion de toucher de plus près à des misères qu'il eût voulu guérir, qu'il chercha du moins à soulager le plus possible autour de lui.

ï Cf. Nouvelles ecclésiastiqties de 1758, p. 25.

' Le Secret du Roi, par M. le duc de Broglie, t. Il, p. 3.

* Lettre à un ami de province (loc. cit.).

ABUS qu'on KN fait. 413

même le souci qu'il se donnait pour leur venir en aide, qu'un homme d'esprit de ce temps ne craignit pas de le surnommer le commissionnaire de toute la pauvre noblesse ^

Je sais que de telles générosités s'égarèrent plus d'une fois sur des indignes. Les ennemis de Beau mont n'ont pas manqué d'en tirer prétexte pour l'accuser de faire l'aumône sans grande discrétion ; mais peut-être oublièrent-ils de s'avouer à eux-mêmes que ceux-là seuls ne sont jamais dupes qui se dispensent volontiers de se montrer charitables.

On entendit un jour parler dans le monde d'une demoiselle de Valois , qu'on allait mettre à l'abbaye de Longchamps, et de son frère , qui était un simple matelot-. M. d'Hozier, le juge d'armes, examina les papiers de leur famille, et il fut prouvé qu'elle tirait son origine d'un Charles de Valois , baron de Saint-Remy , lequel était fils naturel de Charles IX. Il y avait eu successivement, dans leur ascendance, une suite de prodigues et d'insensés qui s'étaient laissé réduire à l'aumône; mais comme la baronie de Saint-Remy leur était substituée à perpétuité de filiation masculine, il y aurait eu de la ressource avec un autre homme que leur père , qui était un joueur et un escroc.

L'archevêque de Paris avait répondu de 36,000 livres qu'il fallait de prime abofd à M. de Saint-Remy, pour opérer la libération de sa terre ; et ce ne fut qu'après avoir appris qu'il s'était servi de cette caution pour

* Leitre à un, ami de province (loc. cit.).

' Cf. Les évéqtiei et archevêques de Pari», i^ar M. le vicomle d'Avenel (l. II, p. :\^).

SENTIMENTS DE l'eXILÉ. 415

jour nous représenterons vos besoins au Seigneur , et nous ne cesserons de lui demander qu'il répande sur vous ses plus abondantes bénédictions.

« Rendu depuis quelques mois dans la capitale de ce vaste royaume , nous avions pris la résolution de travailler à connaître de plus en plus notre troupeau, de pourvoir à ses besoins spirituels, de le consoler par nos visites pastorales, de nous armer d'une nouvelle force pour défendre la cause de Dieu des attaques de la philosophie antichrétienne du siècle, et de vous prémunir plus que jamais contre les principes pernicieux que Tesprit d'irréligion s'efforce d'établir et d'inspirer , dans un nombre infini de mauvais livres qui paraissent chaque jour. Le Seigneur ne nous laisse pas la liberté et les moyens d'exécuter ces projets; mais nous remplirons toujours notre devoir essentiel en veillant sur votre salut, soit par nous-même, autant qu'il est possible dans l'éloignement où nous sommes, soit par les sages conducteurs que nous avons nommés pour gouverner le diocèse sous nos ordres. »

Le fond de la lettre esbdans le simple développement de cette pensée du Prince des Apôtres : « Aimez vos frères, craignez Dieu, honorez le roi^ » Beaumont conclut en ces termes :

« Pour nous, M. C. F., nous avons sans cesse à notre mémoire ce que saint Bernard disait au pape Eugène III : « Agnosce hœreditatem tuam in cruce Ch^nsii in laho^nbus muUiSy reconnaissez que votre héritage est dans la croix de Jésus-Christ et dans la multitude des travaux que vous soutenez pour sa gloire. »

^ Fraterniiatem diligite^ Deum iimeie, regem honorificate (I Pel. ii, 17).

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