VIDES DANS L ADMINISTRATION
autre que l'un des quatre vicaires généraux auxquels Beaumont, en partant pour l'exil, avait laissé l'administration dû diocèse de Paris. La mort le frappa , cette année même, le lendemain du jour où il venait d'apposer sa signature au bas du mandement publié de concert avec ses collègues. Déjà l'un d'eux, Jacques de l'Écluse , était en fuite depuis le mois d'avril , sous le coup d'une assignation lancée par le Parlement, comme prévenu d'avoir refusé les sacrements à un fanatique de sa paroisse, précédemment interdit par l'archevêque. Sa vraie faute consistait à s'être montré très vif pour la cause du prélat exilé. On ne tardera pas à l'en punir par la confiscation de ses biens et le bannissement du royaume à perpétuité.
Restaient l'archidiacre Regnauld, que son grand âge inclinait vers la tombe, et l'ancien évêque de Québec, dont le déplorable état de santé compromettait le ser-
vice régulier des ordinations , pour lequel il avait été spécialement choisi*. De là un malaise inévitable pour le diocèse tout entier. Le saint ami de Beaumont, réduit à gémir d'une situation qui ne pouvait plus qu'empirer, écrivait à son confident :
« Votre lettre , mon très honoré et plus cher Père , me trouve dans le cours de mes visites. Le P. Segneri dit que chaque état à ses croix particulières; il compte les matines pour celle des chanoines et les visites pour celle des évêques. C'en est une, en effet, bien pesante à certains égards ; mais aujourd'hui celle de voir l'Eglise
1 Nicolas Regnauld mourut le 22 août 1761, à l'âge de 79 ans. — Ce fut révêque de Dol, Jean-François Doudel, qui fit l'ordination du 20 mai à l'archevêché de Paris. Le jeune abbé de la Luzerne, plus tard évêque de Langres et cardinal, y reçut les ordres mineurs.
APPEL A L ÉVÊQUE d'AUTUN. 433
de France dans l'état affreux où elle est, semble absorber toutes les autres. Je ne sais en vérité où j'en suis... Tout tremble à la vue des persécutions ; il y a peu de prêtres qui ne soient disposés à prévariquer, si on les menace ; la religion est dans le plus grand péril : j'envie le sort des ermites *. »
Ce fut sur ces entrefaites que la querelle des Hospitalières du faubourg Saint-Marceau prit un caractère d'aigreur de plus en plus prononcé. Les gens du roi leur ayant suggéré, comme nous l'avons dit, d'en appeler à la primatie de Lyon pour faire casser le monitoii'e I de l'archevêque de Paris, elles avaient adressé leur requête à Mgr de Tencin, et Bernis s'était chargé d'expédier toutes les pièces nécessaires. Mais Afforty, son envoyé, n'arrive que pour assister à l'agonie du cardinal, qui meurt après quelques jours. Les religieuses, sans donner au cadavre le temps de se refroidir, font aussitôt appel à l'évêque d'Autun, Montazet, administrateur-né de l'église de Lyon pendant la vacance du siège-. Le 16 mars, Montazet lui-même était désigné par le roi pour prendre la succession de Tencin.
On a prétendu, à tort ou à raison, que l'héritage de ce prélat ne lui avait été offert qu'à la condition de se prêter aux vues de la cour, en cassant comme primat les défenses portées contre les Hospitalières ^. Il
ï Lettre du 5 juin, à Dom Léon (Archives de Sainl-Acheul).
* Ces droits do primatie sur les sièges épiscopaux et archiépiscopaux compris dans les quatre provinces lyonnaises de l'ancienne Gaule soni nettement établis dans la célèbre lettre de Montazet (édition de 1760, p. 14). Il en est de même des privilèges exceptionnels dont jouissait Tévéque d'Autun pendant la vacance du siège de Lyon (p. 35). — On trouvera la question résumée dans la Revue du Lyonnais (nouvelle série), t. XXVI, p. 161, 215.
' « M. de Montazet a été nommé par le roi à Tarchevéché de Lyon, et Ton dit ici que sa complaisance pour lever l'interdiction prononcée par son con-
UEAUMONT, I. 28
RÉCLAMATIONS QU'iL SOULÈVE. 435
dire que j'avais sacrifié ma conscience à mon ambition ; cette action noble et désintéressée aurait augmenté sa réputation , et n'aurait pas nui à sa fortune. J'étais son ami, je lui en aurais donné le conseil si je n'avais pas été ministre du roi ; mais je ne pouvais pas aller contre la direction du système que le roi avait embrassé*. »
On dit, en effet, que Montazet avait tout d'abord demandé la permission d'aller traiter cette affaire avec l'archevêque de Paris, et que la permission lui fut refusée^, parce que Beaumont aurait pu le détourner de son dessein, s'il lui avait marqué sa répugnance à cet égard. Le conseil du roi ne voulait pas que des bienséances d'évêque à évêque pussent empêcher de terminer, par la voie canonique, une querelle qui échauffait au plus haut point le Parlement et le public.
Toutefois Bernis a raison d'egouter que, si le jugement de Montazet tranquillisa les hommes de la cour , il mit « beaucoup de chaleur dans le clergé » ; car, non seulement un grand nombre de prélats blâmèrent formellement l'acte dont nous parlons, mais, dans certaines assemblées de province destinées à préparer la réunion générale du mois d'octobre, on proposa d'élever des réclamations énergiques et d'obliger même le nouveau primat à rétracter de point en point son jugement.
Beaumont, de son côté, crut devoir publier un Mémoire, dans lequel il présentait comme une atteinte à
i Mémoires de Bernis^ t. II, p. 58.
* Montazet déclare formellement, dans sa lettre, qu'il avait même demandé d'aller trouver Beaumont en Périgord. Cette permission lui fut refusée (p. 133). Bernis, bien au courant des choses, nous en fait connaître le vrai motif.
MÉMOIRE DE l' ARCHEVÊQUE DE LYON. 437
dans une lettre, véritable mémoire, adressée à l'archevêque de Paris. Œuvre fort remarquable, d'ailleurs, attribuée dans le temps à deux ennemis de Beaumont (l'abbé Hooke et le canonisteMey), cette lettre ramène la défense du primat aux propositions suivantes :
I. Mon ordonnance est irrépréhensible dans tous ses points; et quand je me serais trompé dans mon juge^nent, vous se?Hez encore^ par défaut dHntérêt et de qualité^ non recevàble pour Vattaquer,
II. Mes procédés par rapport à vous ont été aussi honnêtes et aussi respectueux, que ma conduite légale a été régulière.
En somme, tout se réduit à démontrer que l'archevêque de Lyon a pu juger, qu'il a dû juger, qu'il a bien jugé.
Les collègues de Montazet ne s'en montrèrent pas moins froissés de ce qu'il avait pris, dans son Mémoire, le titre de primat de France, tandis que ses prédécesseurs s'étaient toujours titrés primats des Gaules, Mais comme le Parlement et les jansénistes appuyaient ces prétentions, le prélat se consolait du blâme des évêques en prenant goût aux applaudissements du parti. On a dit avec raison que « ce fut là son châtiment », car il inclina, dès cette époque, vers des doctrines que son zèle avait précédemment combattues avec une rare vigueur. Ses collègues le lui feront sentir en plus d'une rencontre, notamment à l'assemblée de sa province ecclésiastique, en 1760.
L'assemblée générale de 1758 fournit, au contraire, une occasion éclatante de manifester à Christophe dé Beaumont les sentiments de haute estime que le clergé de France professait pour son caractère et sa personne.
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