RÉPONSE DE LOUIS XV
pendant son absence^ et le rendre aux besoins d'une ville immense exposée à beaucoup plus de dangers, dès que la sentinelle qui doit veiller à sa garde n*est plus à portée de la préserver, par elle-même, ni de Terreur ni de la corruption. Est-il possible, en effet, que les grands vicaires, quelque sages et quelque éclairés qu'ils soient, pourvoient à tout avec la même autorité que peut le faire la personne même du Prélat f Peuvent-ils voir les besoins et les nécessités des pauvres sous le même point de vue que le pasteur chargé du soin et du devoir de les soulager ? Combien de branches et d'objets d'administration demeurent nécessairement négligés par son absence et son éloignement ! Toute TÉglise de France a les yeux ouverts sur la démarche que nous faisons en ce jour ; elle l'attendait de nous, comme (nous osons le dire) elle attend de Votre Majesté qu'elle voudra bien rendre à la capitale un pasteur, le père et la ressource des pauvres, au clergé un de ses membres les plus distingués, et à l'épiscopat un de ses principaux ornements ^ »
La réponse du roi fut courte. Elle est aussi évasive que la précédente :
« J'ai fait connaître au clergé mes dispositions par rapport au retour de l'archevêque de Paris. J'ai pris, pour le procurer, les mesures que j'avais annoncées ; j'en désire et j'en attends le succès avec une impatience proportionnée à mon respect pour la religion et à n)a bienveillance pour le clergé 2. »
En dépit de ses avances, l'assemblée n'avait donc
1 Procès-verbal de l' Assemblée générale du clergé de France, p. 74. « Ibid., p. 135.
442 DÉCLARATION d'iNCOMPÉTENCE.
obtenu, relativement au rappel de Texilé. que de banales paroles et d'équivoques promesses. D'autre part, malgré la mise en demeure de Beaumont-d'Autichamp? évéque de Tulle, elle se déclarait incompétente pour juger le démêlé du métropolitain de Paris avec le primat de Lyon , n'estimant pas qu'il lui appartînt de se prononcer elle-même dans une contestation de cette nature. L'abbé de Toumy, fils du célèbre intendant de Bordeaux, essaya vainement de démontrer la parfaite compétence de l'assemblée générale ; on se rabattit sur la nécessité de n'engager aucune discussion étrangère à l'affaire du don gratuit.
La manœuvre de Bernis avait fini par aboutir : le mémoire de Beaumont était écarté.
« M. l'archevêque de Paris est toujours très ferme et très patient, écrivait tristement l'évêque d'Amiens ; on lui fait toute sorte de peines, et on ajoute ainsi au mérite de son zèle celui de la patience ^ » Cette fin absolue de non-recevoir ne laissa pas , en effet , de surprendre Beaumont, qui s'attendait à mieux. Fort du témoignage de sa conscience, il supporta l'épreuve avec une admirable égalité d'âme, non sans reconnaître que le terme de son exil, un moment entrevu, s'éloignait de nouveau.
1 Lettre du 20 décembre 1758 (Archives de Saint-Acheul).