SA RÉTRACTATION
extrêmement surpris et beaucoup plus affligé. En effet, il est bien cruel et bien douloureux pour moi d'avoir alarmé, scandalisé, révolté même des personnes pieuses, éclairées, respectables, dont j'ambitionnais les suffrages , et de leur avoir donné lieu de soupçonner mon cœur et ma religion ; mais c'est ma faute, je la reconnais dans toute son étendue et je l'expie par le plus amer repentir. Je souhaite très vivement et très sincèrement que tous ceux qui auront eu le malheur de lire cet ouvrage me fassent la grâce de ne point me juger par la fatale impression qui leur en reste; je souhaite qu'ils sachent que, dès qu'on m'en a fait apercevoir la licence et le danger, je l'ai aussitôt désavoué, proscrit, condamné, et ai été le premier à en désirer la suppression. Je souhaite qu'ils croient en conséquence, et avec justice, que je n'ai voulu donner atteinte ni à la nature de l'âme, ni à sa spiritualité, ni à son immortalité; comme je croyais l'avoir fait sentir dans plusieurs endroits de cet ouvrage. Je n'ai voulu attaquer aucune des vérités du christianisme, que je professe sincèrement dans toute la rigueur de ses dogmes et de sa morale, et auquel je fais gloire de soumettre toutes mes pensées, toutes mes opinions et toutes les facultés de mon être, certain que ce qui n'est pas conforme à son esprit ne peut l'être à la vérité. Voilà mes véritables sentiments; j'ai vécu, je vivrai et je mourrai avec eux. — Signé : Hklvétius*.
Quand l'archevêque de Paris reçut cette pièce, il la lut à deux reprises avec attention, mais ne se trompa pas un seul moment sur le mobile qui. avait dirigé l'auteur dans l'envoi d'une pareille amende honorable. Helvétius, en effet, devait se la reprocher comme une faiblesse jusque sur son lit de mort *. « J'ai fait les rétractations qu'on a voulu, » écrivait-il dolemment à Voltaire ^. Et ses amis de le railler d'avoir signé une pièce « si humiliante, qu'on ne serait point étonné de voir un
ï Introduction aux Œuvres complètes (V Helvétius, p*. vi. *Cf. Mémoires secrets de Bachaumont (29 décembre 1771). * Œuvres complètes d' Helvétius, t. V, p. 151.