‹ Christophe de BeaumontChapitre 296 sur 368 · CONDAMNATIONS NOUVELLES · texte numérisé non relu

CONDAMNATIONS NOUVELLES

homme se sauver plutôt chez les Hottentots que de souscrire à de pareils aveux * ».

Qu'aurait dit alors le clan philosophique, s'il avait su qu*Helvétius venait d'adresser une troisième rétractation au Parlement, dont il redoutait plus la poursuite que les censures de l'archevêque f II est vrai que la prudence lui fit écrire à Tabbé Chauvelin de n'user de cette pièce « qu'à la dernière extrémité », et de la laisser, s'il était possible, pourrir « au greffe » sans permettre jamais qu'on la livrât à l'impression ^.

Helvétius n'en subit pas moins, plusieurs mois après, l'arrêt de suppression porté tout d'abord par le Conseil d'État, les condamnations ou censures du pape, du Parlement et de la Sorbonne^. Il faut rendre en particulier cette justice à» l'avocat général^ Omer de Fleuri, qu'il ne le céda guère en vigueur au mandement de l'archevêque dans son réquisitoire contre VEsprit^ « ce code des passions les plus odieuses et les plus infâmes».

Les philosophes jetèrent des cris d'aigle. Les uns daubèrent sur cette « capucinade indigne d'un magistrat* » ; les autres, rééditant pour la circonstance un mot fameux, se contentèrent de trouver qu'on faisait « bien du bruit pour une omelette*^ ». Quant au sophiste condamné, il ne pardonnera jamais à Beaumont de l'avoir désigné d'avance pour cette exécution en règle ; et lorsque, bien des années plus tard, il s'opiniâ-

ï Correspondance de Grimm, t. II, p. 349.

» Helvélius, t. V, p. 202.

' L'arrêt du Conseil d'État fut rendu le 10 août 1758, celui du Parlement le 6 février et la censure de la Sorbonne le 9 avril 1759. La condamnation portée par Clément XIII est du 31 janvier de la même année.

♦ Grimm (t. II, p. 386).

^ Lettre de Voltaire à Thiériot (24 décembre 1758).

prélat — cet homme « de l'anciemie marque >, aurait dit Bossuet — des injures grossières comme celle que je relève dans son livre De Fkomme : « Ce fut surtout l'archevêque de Paris qui pressa la Sorbonne de s'élever contre l'Esprit, qu'elle n'entendait pas. C'était le prophète Bàlaam , qui , monté sur son ânesse , la presse d'avancer, sans apercevoir l'esprit ou l'ange qui l'arrête'. >

Pour le moment, HelvèUus ne songeait qu'à se dérober par la ftiite aux conséquences de ces diverses condamnations : « Je suis dénoncé à la Sorbonne, avait-il écrit précédemment à Voltaire, peut-être le serai-je à l'assemblée du clei^é. Je ne sais trop si ma personne est en sûreté, et si je ne serai pas obligé de quitter la France *, » Et le châtelain des Délices de lui répondre sur-le-champ : « J'ai terres aux confins de France, terre à Genève, maison à Lausanne, tout cela dans un pays où il n'y a point d'archevêque qui excommunie les livres qu'il n'entend pas. Je vous offre tout, disposez-en. Cet archevêque dont vous me parlez ferait mieux d'obéir au roi et de conserver la paix, que de signer des... de mandements ^. »

L'élan est imprimé par le chef de flle. C'est à qui maintenant, dans la bande philosophique, se lamentera sur le sort d'un auteur dont on ne surfait le mérite que depuis que son livre est condamné. C'est à qui élè-

I Halvélius (1. IV, p. 4Î7).

' IbiJ. (t. V, p. 151).

'Lellredu 19 janvier lïâS.

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