‹ Christophe de BeaumontChapitre 297 sur 368 · JUGEMENTS SUR SON LIVRE · texte numérisé non relu

JUGEMENTS SUR SON LIVRE

vera jusqu'aux nues un ouvrage dont Grimm venait pourtant de dire qu'il causait un « soulèvement général des esprits, » pour avoir exprimé trop librement une morale « mauvaise et fausse en elle-même ^ » ; un ouvrage où madame de Grafïigny se plaint encore de ne retrouver que « les rognures » des entretiens qui se sont tenus dans son salon, si bien qu'une grande partie de YEsprit et presque toutes les notes ne seraient, à l'en croire, « que les balayures de son appartement® ».

Voltaire lui-même, qui, au rapport de Bettinelli, « rit beaucoup de ce propos , » ne se gêna guère pour donner le signal du revirement des opinions. En vain a-t-il écrit au président de Brosses que « le fatras de V Esprit d'Helvétius ne méritait pas le bruit qu'il a fait », et que, « si l'auteur devait se rétracter, c'était pour avoir fait un livre philosophique sans méthode, farci de contes bleus ^ » ; en vain écrira-t-il prochainement à Thiériot qu'il y a, dans ce livre , « beaucoup de confusion, UBe affectation révoltante de louer de mauvais ouvrages, un air de décision plus révoltant encore, etc., etc.* ». Voltaire affecte, pour les besoins de la cause, d'oublier ses premiers jugements, qui sont les bons; et, prenant occasion de l'épître en vers dont Helvètius accompagne l'envoi de son livre, il lut répond par cette flagornerie :

i Correspondance littérairej t. II, p. 383.

» Lettres, p. 294.

8 Lettre du 23 septembre 1758. — Le président de Brosses répond à Voltaire : « C'est une étrange cipollata (macédoine) que co livre de notre Helvètius. » {Correspondance inédite, p. 23.)

* Lettre du 7 février 1759.

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