‹ Christophe de BeaumontChapitre 304 sur 368 · BEAUMONT ET BELLE-ISLE · texte numérisé non relu

BEAUMONT ET BELLE-ISLE

zèle et de charité chrétienne qui devait multiplier les visites de Tarchevéque auprès de Belle-Isle mourant. C'était rame du maréchal que le vertueux prélat voulait conquérir pleinement à Dieu, n eut la consolation de réussir au delà même de son espoir, et Neuville, au jour des funérailles, en rendra publiquement ce témoignage, qui est tout un éloge :

Vous, pontife, la gloire et l'ornement du sacerdoce, qui présidez à cette triste cérémonie, si les événements de la région du temps percent et arrivent à la région de l'éternité, le maréchal de Belle- Isle voit avec reconnaissance cette marque publique de votre affection. 11 vous respectait, il vous aimait, il fut aimé de vous. Mourant, il se réveilla, il se ranima à votre voix, il écouta vos sages conseils et il les suivit. Continuez de vous intéresser à son bonheur. La foi , la charité, le zèle , la piété qui ne vous quittent jamais , et qui veillent autour de vous pour recueillir vos vœux et vos prières , les porteront au trône du Très-Haut. Il n'en entend point qu'il se plaise davantage à exaucer*.

Mais je viens d'anticiper de deux ou trois ans. Il nous faut rentrer au château de La Roque, où s'écoulent pour Beaumont les derniers mois de son exil.

1 Extrait de la péroraison du discours prononcé pondant la cérémonie des honneurs funèbres que le marquis de Castries fit rendre au maréchal de Belle-Isle dans l'église des Invalides {loc. cit.).

CHAPITHK IV

Disgrâce du cardinal de Bernis. — Les préoccupations de l'archevêque à l'endroit de Clioiseul. — Son mandement sur la Pénitence. — Avènement du pape Clément XIII et jubilé de 1759. — Rétractation de Gresset. — Séjour de Tabbé d'Agoult à La Roque. — Rappel de Beaumont. — Accueil qu'il reçoit à Limoges. — Incident de son retour à Paris. — Il est élu proviseur de Sorbonne.

Dans Tintervalle, une disgrâce plus inattendue que celle de l'archevêque précipitait dans un exil moins rigoureux l'homme du monde qui semblait le mieux à l'abri de pareils coups de fortune.

L'abbé de Bernis, récemment honoré du chapeau cardinalice, entré depuis près de deux ans au Conseil du roi, déjà secrétaire d'État et mis en passe de monter au rang de premier ministre, tombait frappé d'une défaveur qui parut à quelques-uns « aussi peu comprise que son élévation H. On glosa naturellement beaucoup sur les causes plus ou moins complexes de cette retraite soudaine, et le motif qu'il alléguait lui-même de sa « mauvaise santé » rencontra nombre d'incrédules ^.

1 [ellresde lord Chesterfield, (. II, p. 405.

^ « Lui, une mauvaise santé! 11 est gros et gras, el les couleurs de son chapeau sont sur son visage. Je le soupçonne plutôt d'être premier ministre que malade. » (Lettre de Voltaire au banquier Tronchin , 18 novembre

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