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FRANÇOIS DE CRUSSOL

15 mars 1724, son frère Armand, seigneur du Repaire, épousait à Gahors Marie- Anne de Faurie, fille d'un ancien trésorier de^ France en la généralité de Montauban. Retenu par ses études, Christophe eut le regret de ne pouvoir assister aux fêtes du mariage, mais il promit de s'intéresser devant Dieu au bonheur de son cher aîné, et le ciel bénit si bien cette union sanctifiée par la prière que, cinquante ans après, les deux époux célébraient au château de La Roque la solennité patriarcale des « noces d'or. »

C'est vers le même temps que l'abbé de Beaumont nouait à Toulouse, avec un de ses cousins grandement apparenté , l'amitié la plus étroite et désogrmais la plus indissoluble. Ils se trouvaient à peu près du même âge, car François de Crussol était né le 24 janvier 1702, au château de Montmaur, dans le Lauraguais. Dernier enfant d'Alexandre Galliot de Crussol d'Uzès \ comte d'Amboise, et de Charlotte Gabrielle de Timburne de Valence, il avait terminé ses études au collège de l'Esquile, et il entrait plein d'avenir dans cette carrière ecclésiastique où sont tenus en réserve pour lui les suprêmes honneurs. Quoique assez opposés de caractère, les deux nobles jeunes gens demeuraient si fermement unis d'idées et de sentiments, d'esprit et de cœur, qu'ils paraissaient en quelque sorte se compléter l'un

1 La mère do Christophe de Beaumont était potile-fille d'Elisabeth do Crussol d*Uzès, laquelle avait épousé, le 14 décembre 1603, Jean-Louis do Loslanges, seigneur et baron de Sainto-Alvère. — On sait que Crussol est le nom de la famille d'Uzès. C'était autrefois une baronnie dans le Vivarais. Le château, siège de cette baronnie, fut construit sur un escarpement très remarquable, non loin do Saint-Péray, dans l'Ardèche. Du vieux donjon, vulgai' rement appelé les Cornes (le Crussol, il ne reste plus qu'un pignon, celui du nord.

L*INONDÂTION DE 1727. 19

Tautre, et peut-être se flattaient-ils alors de rester inséparables. La séparation ne s'accomplit pas moins à son heure, mais ils s'étaient promis de disposer les voies à de nouveaux rapprochements. L'occasion se présenta bientôt dans une circonstance dont le souvenir est de ceux qui ne s'effacent plus.

François de Crussol, nommé, sur la fin d'août 1727, abbé de Gharroux (diocèse de Poitiers), traversait Toulouse pour s'y rencontrer avec Christophe de Beaumont, lorsque, le 12 septembre, une effroyable calamité répandit tout à coup l'épouvante et le deuil dans la ville qui leur avait été si longtemps hospitalière*. En moins de deux heures, l'île de Tounis et le quartier Saint-Cyprien sont rendus inabordables par une crue subite des eaux de la Garonne. L'église Saint-Nicolas, le cimetière, les hôpitaux, tout est bientôt envahi. On voyait des ossements blanchis, entraînés par les eaux, à côté de bières récentes renfermant encore les cadavres qu'on leur avait confiés. Les désastres furent incalculablés : neuf cent trente-trois maisons détruites ou ébranlées, douze cents familles réduites à l'aumône, ime perte sèche de seize cent mille francs (somme considérable pour l'époque), tel fut l'affreux bilan d'une catastrophe que nous avons vu se renouveler, au mois de juin 1875, dans des proportions non moins douloureuses.

Les qualités qu'il avait déployées à Toulouse dans le cours de ses premières études, Christophe de Beaumont eut l'art de les mettre plus en relief encore, pour ses études supérieures, au sein de l'université de Paris.

^ Cf. Annales de la ville de Toulouse (année 1727), collection manuscrite des archives de l'hôtel de ville.

20 LA BULLE Unigenitus.

Fort assidu au travail, d'une pénétration d'esprit peu commune, il abordait les divers genres d'instruction avec une aisance qui n'avait d'égale que la solidité de son jugement, toujours très net et très droit. Aussi, sans prétendre l'élever à la hauteur de ces talents hors cadre dont un même siècle fournit trop peu de modèles, nous lui appliquerions avec avantage une parole célèbre, en le rangeant parmi « les premiers après ceux qui ont du génie. » Il ne laisse pas d'y avoir là une belle place à prendre pour les intelligences d'élite.

L'abbé de Beaumont arrivait dans la capitale en un moment où les esprits, surexcités naguère par les querelles passionnées du jansénisme, éprouvaient une espèce de lassitude et comme un besoin de détente. Cette accalmie, je l'avoue, fut de courte durée; mais la réaction qu'elle opéra ne pouvait pas être, pour le nouveau venu, sans quelque influence sur la direction de ses études théologiques. Le cardinal de Noailles était mort le 4 mai 1729, à l'âge de soixante-dix-huit ans. Mgr de Vintimille du Luc, qui lui succédait sur le siège de Paris, avait, le jour même de son entrée en charge, pressé les membres du chapitre métropolitain de faire acte formel de soumission à la bulle Unigenitus, Le lendemain, 7 septembre, leur adhésion presque unanime consolait l'archevêque et l'encourageait, en lui donnant l'espoir que d'autres démarches ne rencontreraient pas ailleurs une résistance plus obstinée.

Je passerai sur le récit de ces luttes, qui ne sont point directement de mon sujet, mais je dois rappeler, en quelques mots, les conjonctures qui déterminèrent la faculté de théologie à rompre avec des antécédents regrettables.

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