‹ Christophe de BeaumontChapitre 32 sur 368 · UNE ORDONNANCE ROYALE · texte numérisé non relu

UNE ORDONNANCE ROYALE

II y avait quatorze ans que ce corps célèbre offrait l'exemple de Tinsubordination et de l'amour des nouveautés. Un grand nombre de ses membres souhaitaient de sortir enfin de cet état et de rendre à leur compagnie la paix et l'estime des gens de bien*. La présence des agitateurs rendait ce retour difficile : un acte vigoureux de Louis XV précipita le dénouement. Le 4 novembre 1729, la Faculté de théologie s'étant réunie à la Sorbonne, sous la présidence de son doyen, M* Jacques Leullier, le syndic, M'' de Romigny, ouvrit la séance en donnant lecture de l'ordonnance royale du 22 octobre. Cette pièce^ conçue dans des termes fort sévères, excluait des assemblées et privait « de toutes fonctions et droits de docteurs » ceux qui , depuis la déclaration du 4 août 1720, avaient appelé de la Constitution , adhéré à l'évêque de Senez ^ ou rétracté la signature précédemment apposée par eux au formulaire.

Environ cent docteurs se trouvaient atteints par cette lettre ; la moitié au moins assistait à la lecture qui en fut faite. Le syndic fit observer que toute délibération devenait impossible, eux présents, et il proposa de remettre la séance à un autre jour. « A la prochaine réunion, ajouta-t-il, ne se trouveront pas ceux qui doivent s'en abstenir ; la volonté du roi leur est suffisamment connue, et je suis trop persuadé de leur prompte et fidèle obéissance pour croire qu'ils puissent manquer

1 Cf. Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique peniant le xviiie atècle, par Picot, t. n, p. 250 (3e édition).

* Joan Soanen, un des quatre évoques qui en appelèrent au futur Concile, à l'occasion de la bulle Unigenitus. Il eut même le triste courage do nommer cet acte du Saint-Siège un décret monstrueux.

22 RAPPORT DE TOURNELY.

de s'y conformer. J)e mon côté, je veillerai, comme c'est mon devoir, à ce que les intentions du roi soient remplies ^ »

La Faculté s'assembla de nouveau, le 8 novembre. Douze docteurs, au nombre desquels il faut compter le théologien Tournely, furent députés à l'effet d'examiner les mesures à prendre et de formuler un projet de résolution. Dans la séance du i 5 décembre, Tournely déposa un remarquable rapport, concluant à ce que la constitution du pape Clément XI fût reconnue comme « im jugement dogmatique de l'Église universelle. » Sur cent un docteurs présents à la séance, quatrevingt-quinze votèrent en faveur des conclusions formulées. L'appel au concile général et tous les actes contraires à l'obéissance due au Souverain Pontife furent solennellement révoqués ; enfin, on arrêta que les candidats aux grades en théologie seraient tenus par la suite, sous peine d'exclusion, de déclarer qu'ils adhéraient « de cœur et d'esprit » à la bulle Unigenitus.

Christophe de Beaumont sera donc un des premiers à prêter le serment devenu obligatoire pour tout aspirant aux grades. Il venait, en effet, de recevoir le 7 octobre 1780, ses nouvelles lettres de maîtrise^, lorsqu'il

1 Histoire de l'Université de Paris, par M. Jourdain, p. 352.

* On lit dans les Acta Hectoratus Parisiensis (no 1348) : « 1730, dio 9a septembris, graduatus fuit magister artium M*' Christophorus de Beaumonl, clericus Sarlatensis et benefic (ialus). — Exp. (edilae litterae) 7 oct. 1730. » (àfss. de la Biblioth. nationale, suppl. latin.) — La pièce originale se trouve parmi les papiers de M"* la comtesse de Noailles. Nous y voyons que l'abbé Christophe, après avoir subi de sérieux examens (examinibus rigorosis), a remporté avec honneur le prix de son grade {laudabililer et honorifice adeptus eM).

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