UNE CRISE MONÉTAIRE
Le 5 novembre, la Cour des Monnaies enregistra des lettres patentes contenant l'appel désespéré du roi aux « bons citoyens », qu'il invitait à faire le sacrifice de leur argenterie pour soulager la détresse du trésor. La famille royale avait noblement donné l'exemple. Après elle, les princes du sang, les ministres et les plus hauts personnages se hâtèrent d'offrir leur vaisselle plate et leurs pièces montées, qui devaient être converties en espèces applicables aux besoins de TÉtat. Sur cette somme, les directeurs de Thôtel des Monnaies avaient ordre de payer un quart comptant et de fournir pour le reste des reconnaissances remboursables dans l'année qui suivrait la paix.
On i)ense bien que Christophe de Beaumont ne fut pas des derniers à remplir cet acte patriotique. U fit mieux encore. Non seulement le digne archevêque se dépouilla de toute son argenterie, mais il refusa de recevoir le quart payé par les agents du fisc ; bientôt même on apprit qu*il venait de vendre son billet de monnaie à plus de 12 ^[^ de perte, uniquement parce que la disette de fonds où le réduisirent alors ses aumônes fatiguait son impatience de soulager autour de lui la multitude des indigents. Aussi, quoiqu'il se fût toujours distingué par une aversion prononcée pour le luxe, il imposa dès ce moment une réforme des plus rigoureuses à sa maison : tout son train porta désormais l'empreinte d'une modestie sévère, et parfois même une sorte de dénûment se fit sentir dans les habitudes de sa vie privée ^
Il faut dire, à la louange de son clergé, que le cha-
* Cf. Lettre à un'ami de province (loc. cit.).
484 GÉNÉHOSITÉS DU tLlîROÉ.
pitre de Notre-Dame entra résolument dans la voie que lui traçait le généreux prélat. Je lia, dans une lettre du 3 décembre expédiée par le doyen d'Agoult au ministre secrétaire d'État :
Si Sa MajeslO, par la IcUre adressée à M. l'archevêque, n'avait pas excepté les croix, la fotalit« de notre argenterie envoyée à la monnaye seroît d'environ cent cinquante marcs de plus; elle ne monte avec cette déduction qu'à mille trente marcs ou environ. Nous n'avons gardé absolument d'ai'gcntcrie que deux encensoirs ' avec la navette et un ]>etit bénitier qu'il est d'usage de porter à toutes les processions. En même temps nous avons fait part à nos églises sujettes de notre délibéi'ation , afm qu'elles puissent s'y conformei''.
Les collèges de Paris s'étant montrés moins empressés de déférer à l'invitation royale, M. de Saint-Florentin les mit bientôt en demeure de s'exécuter, selon l'exemple offert par l'archevêque et ses prêtres. Rien ne peint mieux la misère du temps.
« A M. Gigot, recteur. — De Versailles, le 21 avriH760. — Le clergé, en général. Monsieur, ainsi que tous les chefs d'ordres, les chapitres et les communautés ayant, dans les circonstances présentes, donné des marques de leur zèle pour le service de Sa Majesté, et pour contribuer aux besoins de l'État, en faisant porter les argenteries de leurs ^lises aux monnayes : Sa Majesté
I BegUlrei capitulairei de .\olre-Dami [Arcliiv. nation., LL, 33&*>). — Dans 9a réuoioa du 'S décembre, le chapitre avait décidé qu'on porterait à l'hdlet do la MoDDaie ; « Los six grands chandeliers du loallro aulel du chœur, lu potil lampadaira à trois Inmpea suspendu & l'entrée du Sanctuaire, le grand lampudairo du milieu du chœur, les six chandeliers d'argent de la chapelle de la sainte Vierge^ ensemble, les six chandeliers do vermeil, les quatre chandeliers d'acolytes, le bassin et les burettes d'argcot, deui c grand bénitier. >