UNE CÉRÉMONTE A CHOISI-LE-ROT
cette année, par ordre du roi très chrétien, auprès de son auguste fille, madame Louise, à titre de confesseur. Cette princesse se recommande toujours par sa piété et la bienveillance singulière dont elle ne cesse de faire preuve envers la Compagnie ^ »
Louis XV avait tenu, en cette circonstance, à témoigner de son bon vouloir à l'égard de Tarchevêque. Il affectera bientôt d'en donner des marques publiques.
Une grande cérémonie avait attiré à Choisi-le-Roi, le 2 1 septembre, un concours des 'plus brillants. Christophe de Beaumont, assisté des archevêques d'Arles, de Tours, de Besançon, de Toulouse et d'Albi, des évêques de Grenoble, de Chartres, d'Orléans, de Meaux, de Metz et d'Autun, consacrait solennellement l'église paroissiale que le roi venait de faire bâtir sous l'invocation de saint Louis roi de France et de saint Nicolas de Myre. Tous les autres évêques présents dans la capitale avaient été invités de sa part à prendre place dans le chœur richement décoré. On aurait pu distinguer, dans le nombre, le jeune prince Louis de Rohan, récemment sacré à Notre-Dame par l'archevêque de Paris, et que la fâcheuse affaire du Collier doit rendre un jour si tristement célèbre 2. Le roi, la reine, le dauphin, la dauphine et Mesdames étaient présents à la solennité, qui ne se termina qu'à plus de quatre heures de l'après-midi.
Un banquet de fête réunit ensuite autour du roi les nombreux prélats et les deux agents du clergé, de
1 « Pietate, et in Societatem quam usque tuetur , benevolentia singulari non cessât se commendare. » [Archwes du GesU,)
' C'est le 18 mai que Beaumont, assisté des évêques du Puy et de Blois, donna la consécration épiscopale à Louis-René do Rohan, nommé évoque de Ganope in partibw et coadjuteur do Strasbourg.
502 PRÉVENANCES POUR l' ARCHEVÊQUE.
Juigné et de Broglie auxquels s'étaient joints les maréchaux de Belle-Isle et de Soubise, le duc de Ghoiseul et quelques autres personnages de distinction. C'en était assez déjà pour déconcerter les formalistes, tous gens ferrés sur le cérémonial de cour, lesquels se souvenaient à peine que le roi eût jamais admis les évêques à sa table; mais ce fut bien une autre rumeur, lorsqu'on apprit que ce prince avait fait asseoir Beaumont à ses côtés, et l'avait comblé, durant tout le repas, d'attentions délicates et de singuliers égards.
On se racontait même ce détail — assez familier, du reste, mais expressif pour qui se reporte aux raideurs de l'ancienne étiquette — que Louis XV, usurpant les fonctions des officiers du gobelet, avait eu « la bonté de servir du vin plusieurs fois à M. l'archevêque de Paiis ^ ». Voulait-il simplement lui marquer la satisfaction qu'il éprouvait de son attitude pacifique dans la dernière assemblée? Espérait-il, par des prévenances étudiées, avoir raison d'une fîère nature que les menaces n'entamaient pas ? Je ne sais ; mais si le monarque se fit illusion ce jour-là, l'illusion dura peu.
Il est vrai que madame de Pompadour n'avait rien abjuré de ses ressentiments. Absente alors de Versailles, elle était partie, le 33 juillet, pour aller prendre possession du marquisat de Ménars, aux environs de Blois. On venait de construire à Orléans, sur la Loire, un pont de pierre d'une belle longueur, dont la hardiesse avait fait craindre pour sa solidité. L'architecte s'était flatté que la marquise lui ferait l'honneur, dans son voyage, de passer la première sur le nouveau pont.
ï Barbier (t. VII, p. aO'>;.