CALOMNIES CONTRE LE DAUPHIN
tant d'éclat dans la plus brillante cour de TEurope K » Un pareil éloge de la famille royale piqua au vif les susceptibilités de la marquise, car Tarchevêque ne pouvait plus flétrir publiquement un vice sans qu'elle se crût désignée du doigt , il ne pouvait plus rendre hommage aux vertus de la partie saine de la cour, sans qu'elle y vît une épigramme à son adresse.
D'ailleurs ce dauphin tant vanté était le protecteur avoué de la Compagnie de Jésus, et c'est la Compagnie de Jésus, rebelle à ses avances, qu'elle a juré de frapper dans la personne de son auguste patron. Louis XV ne se défendait pas non plus d'aimer les Jésuites : la favorite ne le savait que trop. Pour mieux réussir à les perdre dans son esprit, il faut qu'elle y tue le dauphin par le ridicule.
Après avoir, de complicité avec Choiseul , cherché à faire soupçonner que ce prince était pour quelque chose dans l'assassinat de Damions poussé au crime par le parti dévot, elle s'acharne à détruire les restes du sentiment paternel , en inspirant au monarque une sorte de honte pour la « bigoterie » de son héritier, que ces religieux sont censés instruire à réciter « matines et laudes comrtie un curé de village ^ ». Ce n'est pas que nous ajoutions foi le moins du monde aux imputations absurdes d'après lesquelles Choiseul, sous l'inspiration de la marquise, aurait montré au roi, le soir, par la glace de la porte entr'ouverte, la silhouette d'un homme qui ressemblait au dauphin, vêtu d'un habit de jésuite, et se flagellant aux pieds du crucifix. Nous convenons
* Mandement du 29 mai 1760.
^ Madame de Pompadour^ par MM. de Goncourt, p. 380.