NOTRE-DAME DE VERTUS
avait appartenu d'abord aux comtes de Champagne qui, dès le X' siècle , y bâtissaient le château-forteresse (castellum). Bientôt ils fondèrent, au même lieu, deux abbayes de quelque renom : Tune pour les chanoines réguliers de TOrdre de Saint-Augustin, sous le vocable de Notre-Dame de Vertus^, l'autre pour les religieux de Saint-Benoît, sous celui de Saint- Sauveur de Vertus. En 1361, au retour de sa captivité, le roi Jean érigea la ville en comté-pairie, et, comme souvenir des sacrifices que les habitants s'étaient imposés pour son rachat, il enrichit gracieusement leurs armes d'un écusson de « si nople, au cœur de gueules, percé d'une flèche d'argent, avec la devise : Vivit post funera Virtus. » Tel a continué d'être le sceau blasonné dont la municipalité de nos jours frappe encore tous ses actes.
On attribue généralement à Thibaud P', comte palatin de Troy es, la fondation de l'abbaye de Notre-Dame, vers l'an 1084*. Elle s'appela d'abord abbaye Saint- Martin et fut établie dans le castellum de Vertus. Mais cette ville ayant été incendiée en 1167, les religieux, qui se trouvaient à la gêne dans l'étroite enceinte du château, résolurent d'émigrer à l'extrémité du faubourg, afin de se ménager, par l'accrue successive de terrains libres, l'es-
au derDier siècle. {Recueil historique des arclievêchés^ etc., t. II, p. 598.) — C^est un devoir pour nous de remercier ici M. l'abbé Lucot, ecclésiastique distingué du diocèse de Châlons, des précieuses notes qu'il nous a libéralement fournies sur Thistoire peu connue de l'abbaye Notre-Dame. Nous ne faisons, dans cette partie de notre travail, que suivre les renseignements donnés par son obligeance.
1 Beata Maria de Virtudo ou Virtudensis, et encore d-e Virtute ou Virtutensis, ou même de VirenU).
* Michel Joly, abbé de Notre-Dame au commencement du xv^ siècle, parait être d'un avis opposé. II insinuerait, dans une Dédaratian faite au Terrier du roi, que l'abbaye doit son origine à Etienne^ comte de Champagne, vers Tan 1107.
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pace devenu nécessaire pour les constructions qu'ils projetaient. C'est alors que leur nouvelle église fut placée sous l'invocation de la très sainte Vierge, et que l'abbaye, dont les comtes de Champagne s'honoraient toujours d'être les bienfaiteurs, ne porta plus dans la contrée que le nom de Notre-Dame. Une concession ultérieure des évèques de Châlons permit aux chanoines réguliers de desservir en personne la cure de Vertus, sur laquelle, dans la période fâcheuse des abbés commendataires, l'abbé de Notre-Dame conserva le droit de haut patronage. Douze cures ou prieurés, tant de ce diocèse que de celui de Troyes, étaient pareillement à sa nomination, avec redevance annuelle — au profit du monastère — de ce qu'on appelait les grosses et les menues dîmes.
Plusieurs fois saccagée (en 1227 d'abord, puis,- à trois reprises, au cours de la guerre avec les Anglais), l'abbaye fut ravagée de fond en comble par le comte de Salisbury , qui s'était emparé de Vertus pendant les incursions de 1420. Relevée en partie du milieu des décombres, elle fut brûlée de nouveau, dans les dernières années du \ xvi° siècle, par Condé et ses protestants, qui s'acharnè-
\ rent à détruire la presque totalité des archives, après
avoir dispersé les religieux. Ceux-ci, ayant alors demandé un refuge aux autres maisons de leur Ordre, continuèrent d'occuper les cures et prieurés qui dépendaient de l'abbaye, mais l'abbaye elle-même ne se releva plus. Le bénédictin dom Beaunier, qui écrivait en 1725 son Recueil historique, a donc raison de dire que l'abbaye de Notre-Dame demeure « absolument ruinée et sans religieux ^ : » c'est toutefois à tort que les savants auteurs
i Voir l'édition de 1726 (loc. cit.).
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de la Galh'a chrisHana, qui publièrent, en 1751, le volume de la province de Reims, semblent attribuer la destruction complète du monastère aux ravages produits par la guerre des Anglais'. D'après le récit de Culoteau, seigneur de Vélye, qui fut bailli de Vertus, Mgr Vialard, évêque de Chàlons, visitant ces tristes ruines en 1663, apprit de la bouche même des plus anciens bourgeois qu'elles dataient seulement d'un siècle et devaient rester à la charge du vajidalisme huguenot.
Depuis les dévastations accomplies en ces temps calamiteux, l'abbé commendataire fut seul à percevoir les revenus de l'abbaye en cendres-. On eût dit qu'il ne se reconnaissait d'autre obligation que de fournir une indemnité fixe au curé de Vertus, lequel était toujours choisi parmi les chanoines réguliers et conservait le titre de prieur. De plus, l'abbé de Notre-Dame avait à subventionner l'un des vicaires et à payer deux cents livres , soit au moine mendiant , soit aux religieux de Saint-Sauveur, qui venaient célébrer la messe dans une modeste chapelle élevée sur les débris de l'ancienne église ',
Tel était l'héritage que la mort du dernier abbé lais- ■ sait tomber en commende aux mains de celui dont nous racontons l'histoire. Cette histoire, en vérité, nousn'au-
' lU placent en olTei cette doalruclion, d'une manière trop ab^liio, su lumps ilo Ulcliol Joly, lequel élait abbé de Notre-Samo vers les promièrcs aiinésa du xv° siècle. Voici leur lexle : Cufut lempore btllica irapretiione deilruelum est monasleriura (Gatl. ehrUI., t. IX, p. y5ô).
' D'après Dom Baaunier, l'abbaye, laxéo 300 florins en cour du Rome, valait environ 3,800 livrog. {État det archevêché*, etc., édition do 1743, n. 216.)
isl M. Pau! Goërg, ci
à Verlu9, daas les
jes aa propriété.