‹ Christophe de BeaumontChapitre 75 sur 368 · ENTREVUE AVEC FLEURY · texte numérisé non relu

ENTREVUE AVEC FLEURY

çaient à faire tache sur la vie du jeune monarque , et la reine se voyait plus que jamais délaissée dans sa retraite de Versailles, à Theure même où elle venait de donner à son trop faible époux une princesse vraiment digne du sang de saint Louis (15 juillet 1737). Nommer ici la vénérable madame Louise, c'est faire pressentir toute une période importante dans les relations futures de Christophe de Beaumont avec la famille royale.

Le nom du vicaire général de Blois ne passait pas , d'ailleurs, à Tépoque dont nous parlons, pour être inconnu ni même indifférent à la cour. On savait que la duchesse douairière d'Uzès, avec l'agrément sans doute de Mgr de Crussol, s'était plusieurs fois entremise auprès de Fleury , afin d'en obtenir la promesse d'un évêché pour l'abbé de Beaumont. Fleury, de son côté, désirait connaître le vertueux ecclésiastique dont on se plaisait à lui faire un portrait si flatteur. Il fallut, pour vaincre les répugnances du candidat malgré lui , profiter d'un voyage qu'il dut entreprendre, vers le même temps , au sujet des examens d'un jeune clerc auquel s'intéressait vivement toute sa famille. C'était Jean de Beaumont des Junies , descendant de l'ancienne et noble maison que les Beaumont du Dauphiné trouvèrent établie dans le Périgord, quand ils vinrent s'y fixer au xvi^ siècle ^ L'abbé Christophe ne pouvait se dérober à l'entrevue qu'on lui avait ménagée avec le cardinal. Il reçut de Fleury un accueil des plus courtois ; mais Dieu permit que les intentions du ministre , appuyées de la faveur

1 Nous lisons, sous le numéro 1348, dans les Acta Rectoratus Parisiensis : <( 1738, 24 maii, graduatus fuit magister artium M. Ântonius-Joanues de Beaumont des Junies, nobilis clericus Gadurcensis. Ëxp. 28 mail 1738. > (Mss. do la Biblioth. nation. — Supplément latin.

L EGLISE DE FOURVIERES. 71

du roi, ne sortissent leur plein effet qu'au bout de trois années.

En attendant, nous trouvons à signaler un séjour prolongé que le futur prélat fit à Lyon en 1739, comme pour prendre congé d'une ville hospitalière qu'il ne devait plus revoir qu'en passant. A son arrivée, il n'était bruit encore que du dernier carême prêché, sous forme de mission, par le célèbre Bridaine , qui renouvelait en ce moment les prodiges de son zèle à Valence et à Grenoble. L'abbé de Reaumont n'oubliera pas, dans la suite, ce que les chanoines-comtes lui apprirent alors de ce grand convertisseur d'âmes : déjà les railleries de la feuille janséniste, forcée d'enregistrer des succès qu'elle tente de vouer au ridicule ^ l'avaient prévenu en faveur de l'homme de Dieu, non sans lui inspirer un vif désir de le voir et de l'entendre. Il s'en souviendra à Paris.

Ce fut également pendant ce dernier séjour dans la Rome des Gaules qu'il prit part aux délibérations relatives à l'agrandissement de l'église de Fourvière. Les fonds manquant pour réaliser le vaste édifice dont Ferdinand de la Monce avait tracé le dessin, il fallut se contenter d'agrandir le sanctuaire qui, compris dans le plan général, devait faire partie d'un des bas côtés de la nouvelle basilique, si jamais les chapelains de Notre-Dame

1 Je soupçonne que le chroniqueur lyonnais, dont on a publié naguère une façon de journal, était un peu l'écho de ces beaux plaisants quand sa plume s'émancipait à écrire des lignes comme celles-ci : « Il (Bridaine) reste quelquefois trois heures de suite en chaire, il tempête, il tonne, il s'agite, il déchire son surplis et damne tout le monde. Le peuple le court, aussi n'est-il bon que pour le peuple. » {Revite du Lyonnais, nouvelle série, t. XXVII, p. 39.) — Les hommes les plus considérables dans la noblesse, la bourgeoisie et le commerce, qui se mêlaient aux nombreux ouvriers des fabriques pour assiéger avant le jour les portes de l'église, donnent au chroniqueur anonyme une réponse méritée.

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