‹ Christophe SauvalChapitre 10 sur 32 · LA CONFESSION · texte numérisé non relu

LA CONFESSION

nier? Est-ce Forgueil qui vous porte à repousser ses dons?... Cet argent, dites-vous, appartient aux pauvres... n^êtes-vous pas pauvre aussi ?

Geneviève leva les yeux sur le prêtre : Thumilité chrétienne , jointe à la plus touchante résignation, se peignit dans son regard.

— Donnez donc, mon père, donnez, dit-elle: j^accepte et vous rends grâce.

Elle prit la bourse , et pressa vivement la main vénérable qui la lui présentait.

La majesté du lieu ne permettait pas une plus grande expansion dans leurs adieux; mais ce geste et ce dernier regard en disaient plus que ne l'aurait pu faire tout autre signe d'affection et de reconnaissance.

^ Geneviève ramena son voile sur son visage et sortit , tandis que le vieux prêtre , appuyé contre une colonne du temple, la suivit des yeux dans une muette douleur , et les tint encore attachés sur la porte de Téglise, longtemps après qu'elle en eut franchi le seuil .

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L'abbé Graiidin revint à Nantes profondément affecté de son entrevue avec Geneviève. Limage de Tinfortunée fugitive se présentait partout à son souvenir , et souvent , distrait par elle au milieu de ses méditations pieuses et solitaires, on Tentendait s'écrier tout à coup, en soupirant et joignant les mains : « Pauvre femme ! . . . . malheureuse Geneviève ! » Le bon vieillard trouva dans cette histoire déchirante un

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argument de plus a Fappui de sa maxime favorite, qui tendait à imputer les plus grands maux du genre humain au progrès des lumières; car il accusait de tous les malheurs de Geneviève Tinstruction que Christophe avait reçue : c^était la science, pensait-il , qui avait étouffé la religion dans son cœur. Il n'eut garde de croire que si Christophe avait cessé d'être bon chrétien , c'est qu''apparemment le christianisme lui avait été mal enseigné ; il ne voulut voir dans ce fait déplorable qu'une preuve de plus de Fincompatibilité de la science avec la religion telle qu'il l'entendait. Il aimait fort à prêcher, et ce texte fournit nouvelle matière à quelques sermons : les philosophes et surto„ut Jean Jacques , payèrent pour les fautes de Christophe : le vieux prêtre redoubla contre eux d'invectives ; il les dépeignit comme autant d'instrumens de perdition , et , dès le lendemain de son retour à Nantes , il fît fermer une école mutuelle avec une satisfaction extrême, car il regardait ce mode d'enseignement comme l'ennemi naturel de son culte.

Cependant il ne cessait de regretter que Geneviève eût pris si promptement conseil de son désespoir : il se disait qu'elle s'était exagéré sans doute le malheur de sa situation; que son dévouement admirable l'avait entraînée à une

démarche téméraire ; quHl y aurait eu pour elle et nour Christophe quelque chance d^un meilleur avenir s^ils fussent demeurés unis ; et il se confirma dans cette idée lorsqu'il eut appris, par un témoin oculaire , le désespoir de Christophe et son évanouissement sur le bord de Fabîme où il croyait sa femme ensevelie. Ce rapport lui fit concevoir meilleure opinion de Sauvai : « Il aimait donc Geneviève, disait Texcellent vieillard , il Ta sincèrement regrettée ; il a eu des remords : quel bonheur pour lui de la retrouver vivante après Tavoir pleurée morte!» La conduite répréhensible de Christophe à Tégard de son père , Tabandon dans lequel il le laissa mourir, ébranlèrent peu Topinion de Tabbé Grandin, et Tespoir qu'un heureux changement pouvait s'être opéré dans Tame du coupable, car le bon archiviste avait toujours excusé son fils auprès de son pasteur ; jamais une seule plainte n'était sortie de sa bouche , et même , sur son lit de mort , les derniers mots qu'il prononça tendirent à justifier l'absence de Christophe.

Lorsque le prêtre sut enfin que Sauvai avait acquis de la célébrité , et que son talent devenait pour lui un moyen assuré de fortune , ses regrets furent plus amers , ses vœux pour le rapprochement des deux époux redoublèrent

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