TROIS JOUHS. — PARIS ET SAINT-CLOUD
Fuileiies , et il ne prit quelque repos que lorsqu'il eut renversé de sa main et foulé aux pieds Fécusson royal sur les marches du trône.
Pendant ces terribles scènes et tandis que les Parisiens étaient encore dans la surprise et Ténivrement de leurs premiers succès , les esprits s^abandonnaient à la terreur et à une colère impuissante sous les lambris dorés de Saint- Cloud, et personne dans la résidence royale ne souffrait plus que le vieux comte de Kérolais. Quelquefois il s'arrêtait, prêtant Toreille , écoutant le son lugubre du tocsin , et les décharges de Fartillerie avec autant d'angoisse que si chaque coup de canon eût frappé un des membres les plus "chéris de sa famille : d'autres fois, il traversait rapidement les appartemens, s'approchait d'une fenêtre, et, mordant ses lèvres jusqu'au sang, il dévorait du regard la ville rebelle : que n'avait-il mille bras pour l'étreindre , mille tonnerres pour l'écraser !
Il ne songeait cependant alors ni à ses enfans ni à lui-même , et , pour comprendre ses sentimens , il faut se dire qu'aux yeux des hommes civilisés la patrie n'est pas seulement le sol qui les a vu naître et qui les a nourris : les idées , les affections que ce mot réveille en eux sont inséparables des lois et des mœurs du pays , et
souvent les souv eniis qui se rattachent à cellesci sont plus forts que tous les autres. Les ardentes sympathies du comte deKérolais étaient toutes en faveur des anciennes institutions du royaume : où il les eût retrouvées il aurait cru retrouver une patrie ; où elles nVxistaient pas il ne voyait qu^une terre ennemie ou étrangère.
Il était, le mercredi 28 juillet, avec d^autres personnages de la cour , dans une des salles du château , en face d^une fenêtre ouverte et donnant sur Paris. Le bruit s'*était répandu quW attaquait FHôtel-de-Ville ; une longue vue avait été pointée dans cette direction, et chacun à son tour cherchait à distinguer le lieu du combat. On osait à peine se communiquer ses impressions et ses craintes, car le bruit sourd et répété du canon refoulait les paroles dans toutes les bouches.
Un enfant s^ouvrit brusquement un passage à travers ce groupe : il portait la tête haute et dégagée, et, touchant de la main la personne qui tenait la longue vue , il dit :
— Je veux voir , je verrai moi-même.
Et il réclamait son droit , car sa partie se jouait en ce moment : cet enfant était Henri de Bordeaux. A peine eut-il donné un coup d^œil quHl repoussa Tinstrument et dit: