TROIS JOURS. — PARIS ET SAIIVT-CLOUD
silencieusement et pour la dernière fois le palais témoin de ses grandeurs; il rejoignit sa famille, fît ses adieux à sa maison, et, tenant son petit-fils par la main , il s'achemina vers Fexil.
Le dauphin demeura quelques heures de plus à Saint-Cloud. Le comte refusa de quitter cette résidence avant le prince; et tandis que la plupart de ceux qu'il rencontrait ne songeaient qu'à ce qu'ils avaient perdu , lui ne pensait qu'à ce qu'il pouvait offrir encore.
Il était seul , en proie aux plus tristes réflexions , lorsqu'un jeune officier entra dans la cour du palais : ses habits étaient souillés de poussière et de sang, sa parole brève, ses regards étincelans : il demanda le comte et s'élança dans sa chambre : c'était Alfred.
« Mon fils , dit le vieillard d'une voix sévère, que faites-vous ici ? Où est votre régiment ?
— Il a passé à l'ennemi.
Le comte fit un geste d'indignation et de douleur :
— Mon fils, reprit-il, es-tu résolu à tout sacrifier pour ton roi ?
— Oui , mon sang , ma vie.
— Et tu es prêt à te rendre partout où l'intérêt de ton prince réclamera ton secours ?
— Oui, partout.
— C'est bien : demain nous partirons ensemble.
— Où irons-nous, mon père ?
— En Vendée, mon fils , en Vendée!
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Le comte, malgré son impatience, ne partit point avant d'avoir bien considéré ce qui serait le plus avantageux à la cause royale. Il attendit donc quelques jours à Paris , et lorsqu'il eut appris que Charles se retirerait, suivant toute apparence, du côté de la Bretagne , il ne désespéra point d'opérer un soulèvement en sa faveur , dans cette dernière contrée : il ajourna en conséquence ses projets sur la
Vendée , et comprit que son premier soin devait être de ranimer pour le roi la fidélité des vieux Bretons.
Il fit en toute hâte ses préparatifs de départ 5 et en Tabsence de madame d'Orfeuil qui partait pour Londres avec son mari , il confia Alice à madame d'Orgeval. La baronne , qui depuis la révolution des trois jours avait Paris en horreur , prit encore une fois avec sa nièce la route de Caen , tandis que le comte suivait celle de Rennes en compagnie d^ Alfred et de Bertrand son vieux domestique. Celui-ci connaissait la Bretagne , parlait la langue des paysans de cette contrée, et pouvait être fort utile au comte qui ne mit en doute ni sa fidélité ni son dévouement à la cause de la monarchie expirante. Cependant il est permis de croire que si Bertrand eût suivi son inclination personnelle, il eût fait peu de chose pour mériter à cet égard Pestime de ses maîtres. Son fils avait obtenu de Tavancement depuis les trois jours, rindustrie de son gendre prospérait, et cette double cause jointe aux avertissemens que donnait au digne homme son ancienne blessure reçue en Vendée, contribuait peu à réchauffer son zèle pour la guerre civile. Mais quel que fût son intérêt et celui de sa famille dans la lutte générale qui semblait à la veille