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mourir, cest depuis long-temps mon vœu le plus doux.
— Votre vie est utile : il faut la conserver pour les autres : je veux vous soigner à mon tour et vous rendre ii la santé ; faire pour vous ce que vous avez fait pour moi. . . Dites , le voulez- vous bien ?
Un regard expressif et un nouveau sersement de main furent toute la réponse de Geneviève.
— Tous les matins, dit Alice, je viendrai ici , nous passerons nos journées ensemble , elles nous paraîtront plus douces à toutes deux — Je veux même dormir auprès de vous,
— Non , répondit Geneviève , il n^est pas nécessaire, quoique mon mal ne soit pas contagieux , il est plus prudent de ne pas dormir auprès de moi : d^aiîîeurs , en cas d'*accident , vous pourriez m^entendre si cette porte était entr'^ou verte.
— Elle le sera toujours , et je ne vous contrarierai point ; mais promettez qu^au plus léger besoin d^assis tance vous m^appelerez à votre aide.
Geneviève le promit , et Alice , voyant les joues de la malade se colorer par suite de Témotion de cette scène , craignit de Favoir fatiguée : elle la laissa reposer quelques heures y
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rentra dans sa chambre et remercia Dieu dans son cœur de cette rencontre aussi heureuse qu''inespérée.
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Les intentions de Christophe étaient pures lorsqiiMl quitta Paris pour rejoindre Alice, et il eût , au fond de son ame , réputé pour infâme calomniateur quiconque eût insinué qu'il serait capable d^abuser de la noble et touchante confiance de cette jeune fille. En disposant tout pour la fuite d^ A lice , il ne fut occupé que du succès de Tentrefirise ; mais quand celle-ci eut réussi au gré de ses vœux, lorsque
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entraîné par le mouvement rapide de la voitme, il vi<^ à ses côtés Tobjet plein de charmes qu'il avait convoité si long-temps, il se sentit comme enivré de son souffle , et troublé par le contact de ses vêtemens , la tête lui tournait , et il se lejeta en silence et avec effroi du côté opposé de la voiture pour se dérober, autant que possible, à un trop dangereux voisinage. Alice et lui échangèrent, ainsi que nous Favons dit, peu de paroles sur la route , et Christophe prit congé d'elle a la ferme avec une sombre et indéfinissable tristesse, mais sans aucune arrièrepensée qu'il eût rougi d^avouer.
Ahce l'avait supplié de retourner à Paris; mais il s'était refusé à quitter le pays avant d'avoir acquis la certitude que la baronne et son fils n'avaient aucun soupçon du lieu où elle s'était retirée et que leurs persécutions n'étaient point à craindre pour elle. Il alla s'établir en conséquence à une demi-iieue environ de la retraite d'Alice, au bourg de CourseuUes où il avait passé autrefois tant dlieureuses journées.
Pour comprendre la violence des combats qui se livrèrent alors dans son cœur, il faut se dire qu'il y a dans la vie de certains hommes des jours où ils diffèrent plus d'eux-mêmes que de beaucoup d'autres auxquels ils auraient frémi de ressembler , des momens où le ver-
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tige s^empare d^eux , paralyse leur raison et les livre presque désarmés au génie du mal. Malheur alors, malheur à ceux qui ne se sont point fait une constante habitude d^opposer le frein d^une loi immuable aux mouvemens orageux de leur ame I Christophe Sauvai était de ce nombre, et il faut se rappeler que, non-seulement un amour violent et irrésistible Fattirait vers Alice , mais que sa possession devait encore satisfaire un autre désir non moins indomptable , la vengeance. Les souvenirs de ses affronts étaient dans son cœur autant de dards aigus dont il sentait toujours la pointe acérée, et, lorsqu^il se vit maître de la personne d'Alice, il entendit une voix qui lui rappelait les vœux terribles quHl avait prononcés , qui lui criait : « L'heure est venue : il est en ton pouvoir de mettre à ton tour le pied sur la gorge de l'implacable vieillard et de réduire son orgueil à demander merci. »
Christophe eut horreur de ces pensées , car une autre voix presque aussi forte lui disait en lui parlant d'Alice : (( Elle s'est confiée à ta foi , à ton honneur ; respecte-la où tu seras infâme. ))
Pendant le jour il promenait ses sombres pensées au bord de la mer, sur ces mêmes grèves oii jadis tant de douces rêveries avaient
bercé sa jeune imagination : un souvenir du passé montait alors quelquefois jusqu'à lui comme un rayon lumineux qui perce tout-àcoup d'épaisses ténèbres. Oh! qu'il se voyait avec douleur différent de ce qu'il avait été ! Avec quelle joie il eût donné tout ce qui lui restait de vie sur la terre pour quelques heures de ce temps d'illusion et de paix ! Il gémissait , il se condamnait lui-même; mais il ne pouvait dompter l'ennemi qui rugissait en son sein : souvent alors la triste image de Geneviève lui apparaissait encore ; mais il la repoussait avec effroi : (( Elle est en paix ! répétait-il toujours , en cherchant à étourdir sa conscience , à étouffer ses remords ; elle est en paix ; elle est heureuse en Dieu ! De quel droit troublerai-je son repos, moi qui ne puis rien pour son bonheur ! )>
Il poursuivait ainsi , durant de longues heures, ses promenades solitaires, absorbé dans ses sombres réflexions , insensible aux vents , à la pluie , au bruit des vagues , inattentif aux flots mêmes que le flux faisait monter jusqu'à lui et qui le gagnaient avant qu'il se fût aperçu de leur approche.
Aussi long-temps que le soleil était sur l'horizon , il n'osait s'aventurer dans le vallon de Gray de peur d'être reconnu par AHce et de