‹ Christophe SauvalChapitre 28 sur 32 · LB DUEL · texte numérisé non relu

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sans doute , il sortit pour ne pas être témoin de Texcès du désespoir de son enfant.

Alice jeta les yeux sur cette lettre infernale , poussa un cri et tomba sans connaissance. Bertrand vola au secours de sa jeune maîtresse, et, tandis qu^il lui donnait ses soins, le comte s'éloignait , marchant au hasard , et descendait Fescalier sans but, sans avoir même la conscience de ce qu'il faisait.

Lorsqu'il fut descendu au premier étage, près de la porte en tr'ou verte d'une chambre d'où la vue s'étendait sur la campagne et sur la forêt , il fut tout à coup rappelé à lui-même en se rencontrant face à face avec un homme qui montait l'escalier et qu'il ne connaissait pas. Cet homme était vêtu d'uiie blouse et tenait un fouet à la main. Le comte faillit le heurter sans le voir, et s'arrêtant brusquement :

— - Qui es-tu ? dit-il ; que veux-tu ?

Le paysan , frappé de l'air de noblesse et de dignité empreint sur le visage de M. de Kérolais , et en même temps intimidé par l'expression irritée de ses traits et de sa voix , ôta respectueusement son chapeau , et regardant le comte du coin de l'œil :

— Sauf votre respect , dit-il, c'est moi , monsieur , qui avons conduit cette belle demoiselle qu'est montée là-haut.

— Toi ! toi ! tu Fas conduite ici ! s'*écria le comte; eh bien! remmène-la si bon te semble. . . Mais où est Finfame , le vil séducteur de ma fille ?

— Je ne savons pas ce que monsieur veut dire , répondit le paysan désappointé qui s'attendait à un autre accueil : j'avons agi en conscience , et je croyions bien faire en ramenant une fille à son père.

— Mais , malheureux ! reprit le comte égaré en secouant violemment le paysan par sa blouse, n"'as-tu point vu le misérable , le monstre qui m'^a ravi mon enfant? Où est-il? où se cachet-il?

Le pauvre diable ouvrit de grands yeux et répondit :

— Foi d'honnête homme ! monsieur , je ne savons rien de rien.

Puis , se grattant Foreille et se ravisant :

— Peut-être bien , dit-il , ce mauvais sujet dont monsieur parle est celui-là qui m'a fait une si fameuse peur en suivant la carriole à distance, armé comme un vrai brigand qu'il est, et sans la perdre de vue jusqu'au village.

— Quoi ! jusqu'ici ! s'écria le comte , le malheureux ! Il serait ici près ! dans le pays !

— Dieu me pardonne ! dit tout à coup le paysan en faisant quelques pas dans la chambre

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entrWverte et regardant par la fenêtre : oui; c'est bien ça ; je reconnais le pèlerin... cV.st lui.

— Où donc ? demanda M. de Kérolais en s'élançant à la fenêtre.

— Là-bas , monsieur , répondit le paysan tout épouvanté de la véhémence du comte : Voyez-vous cet homme-là , contre la lisière du bois , appuyé sur son fusil et qui fait mine de regarder par ici : c'est lui.

— Ah ! s'écria le comte , je le tuerai !

Il se précipita hors de la chambre , saisit dans une salle basse son couteau de chasse et son fusil avec la rapidité de l'éclair, et sortit du château fou de douleur et de rage.

Le paysan stupéfait se mit d'abord en devoir de le suivre avec l'intention de le retenir s'il était possible ; mais il se ravisa , craignant de se trouver mêlé dans une mauvaise affaire : il laissa, en homme prudent, le comte prendre l'avance et ne sortit point d'un petit taillis qu'il fallait franchir pour gagner , à travers champ , la lisière de la forêt vers laquelle le comte se dirigeait à grands pas. Son coup d'oeil ne l'avait pas trompé : c'était Christophe en effet qui se trouvait au lieu où il avait cru le reconnaître.

Christophe était entré dans le village de

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Camors quelques minutes après qu^ Alice Peut traversé. Il y avait inutilement demandé Renaud qui rôdait déjà aux environs du château ; un de ceux auxquels il s^adressa reconnut le vieux patriote diaprés les indications de Christophe. Il l'avait vu, dit-il, une demi-heure auparavant, et montra le chemin qu'il avait suivi. Sauvai courut sur les traces de Renaud , et se rapprocha ainsi du manoir de Kerlan ; il était parvenu sur la limite de la forêt d'où il découvrait en face la vieille tour , dont quelques champs et un épais taillis le séparaient , lorsqu'il entendit sortir de ce taillis , à peu de distance , ces paroles menaçantes :

(( Défends-toi , traître , ou tu es mort. »

Il arma son fusil et le dirigea au hasard du côté d'où la voix s'était fait entendre ; le comte se montra tout à coup et le coucha en joue , tandis que Christophe l'ajustait lui-même, sans le reconnaître : le premier fit feu, et Christophe tomha frappé d'une balle dans le flanc. Un homme sortit du bois et accourut au bruit :

— Mon neveu , s'écria-t-il en approchant , et recevant Christophe tout sanglant dans ses bras : mon cher enfant I

C'était Renaud, qui, après ce premier instant donné à la douleur, ne songea plus qu'à la

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