‹ Christophe SauvalChapitre 30 sur 32 · LE DUEL · texte numérisé non relu

LE DUEL

s''enfonça jusqu^à la garde dans le cœur de son ennemi , qui tomba raide mort couché sur le dos, à deux pas de Christophe. L'arme du comte avait atteint son adversaire dans la poitrine et s'était brisée entre ses côtes : Renaud fut renversé sous la violence du coup et ne se releva plus.

Christophe se traîna vers son oncle qu'il trouva déjà sans connaissance et dans l'agonie de la mort. Renaud ne s'aperçut point de l'approche de son neveu. Il murmurait sourdement quelques paroles. Christophe entendit ces mots entrecoupés : République,., Liberté.,. France... Puis, il n'entendit plus rien : l'ame du vieux patriote s'était exhalée avec ce dernier cri.

Des paysans appelés par celui qui avait conduit Alice au château, accoururent sur le champ de bataille où ils trouvèrent Christophe seul respirant encore. Ils firent en toute hâte un lit de feuillage et le rapportèrent évanoui au château. Le malheureux n'était pas au terme de ses souffrances : Alice, l'infortunée Alice n'avait pu résister au coup terrible que lui porta son père en lui révélant , dans toute son énormité, le crime de Christophe : elle

échappa du moin», pour un temps, aux douleurs que lui eût infligées une catastrophe effroyahle ; elle ne comprit pas qu^elle était orpheline.. . . Elle était folle !

Kioncimiv*.,

Chuïstophe avait été transporté dans une de$ chambres précédemment occupées par le comte à la tour de Kerlan , et il reçut les secours d'un médecin du voisinage appelé sur les lieux. Il fut trois jours et trois nuits dans le délire, et, lorsqu'il reprit ses sens, sa première pensée, son premier mot, furent pour Alice. Le médecin était auprès de lui lorsqu'il s'informa d'elle,

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et , témoin de son extrême anxiété , il fit un signe à la femme du concierge : celle-ci répondit seulement qu''Alice était en sûreté à quelques lieues de Camors, chez un gentilhomme ami de sa famille , qui , instruit de la mort de M. de Kérolais , avait recueilli chez lui sa fille avec le vieux Bertrand. Cette réponse parut calmer Christophe : il s'^informa ensuite de sa blessure, et, ayant appris quelle était dangereuse, il manda un notaire, fit ses dernières dispositions, et légua tous ses biens à Alice.

Le plus grand repos lui fut prescrit , et il demeura plusieurs jours sans autre compagnie que celle de la femme du concierge et d^un de ses enfans dont il recevait les soins. Que ses réflexions étaient amères! combien, il maudissait son fatal amour-propre, son ambition efirénée, et ces doctrines désolantes qui Pavaient abandonné à lui-même dans la tourmente des passions, sans autre secours, sans autre guide que les faibles et vascillantes lumières de sa raison. Si alors de frais et purs souvenirs du jeune âge et du foyer de famille se réveillaient dans son cœur, il souffrait ce que souffrent les damnés peut-être, en écoutant les concerts harmonieux du ciel , Tinfortuné repoussait avec désespoir et en baignant de larmes sa couche douloureuse, les visions

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